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24-07-2012  

 

Ils habitent toute l'année dans un camping

Pour beaucoup, le camping est synonyme de vacances. Pour les résidents à l'année du Pont-du-Rupé ou de la Bouriette, c'est un mode de vie et le moyen d'avoir un toit pas trop cher au-dessus de la tête.

 

Début septembre, c'est l'heure, où d'ordinaire les campeurs rangent toiles et piquets jusqu'à l'année prochaine. Les terrains se vident et prennent des airs de désert automnal. Sauf quelques-uns. Autour de Toulouse, trois campings reçoivent des résidents à l'année : celui du Pont-du-Rupé, à Sesquières, celui de La Bouriette à Saint-Martin du Touch et celui des Violettes à Deyme.

 

Au Pont-du-Rupé, sur 180 emplacements, une centaine restent ouverts à l'année, pas seulement pour accueillir des touristes d'arrière-saison. Cinquante personnes y vivent en permanence en caravane ou en mobil-home, pour quelques semaines, ou comme Guy, le doyen des occupants, depuis onze ans.

 

C'est souvent la précarité qui conduit les " campeurs " à faire durer leur séjour. Précarité du travail : on trouve parmi eux des jeunes en CDD, en stage, des travailleurs intérimaires, ceux qui viennent pour un chantier et repartent tous les vendredis soirs rejoindre leurs foyers.

Précarité des situations familiales aussi : la plupart ont vécu une séparation ou un veuvage. Précarité tout court : les résidents vivent souvent du RMI ou de petits boulots, quand ce n'est pas d'une minuscule retraite.

 

" Quand j'ai vu le prix des loyers, j'ai décidé de faire autrement et de vivre ici, " explique Danielle, Marseillaise de soixante ans, venue à Toulouse quand son mari l'a quittée. " Des amis avaient ce mobil-home, ils me l'ont prêté, cela devait être du provisoire et finalement c'est une situation qui me convient. " Bleu et blanc, le mobil-home installé au Pont-du-Rupé, est coquet comme un pavillon de banlieue. Son balcon est fleuri et à l'intérieur on aperçoit une télé et une chaîne stéréo entre deux rideaux pimpants.

 

L'été, ils se croient presque en vacances

Pour la plupart, les résidents à l'année du Pont-du-Rupé sont, comme Danielle, contents de leur sort. C'est là toute l'ambiguïté de ce mode de vie. Si c'est, le plus souvent, la pauvreté qui a conduit les campeurs à s'installer là, ils expliquent néanmoins qu'ici ils se sentent plus " chez eux " et plus libres que dans un immeuble " où il faudrait supporter les autres et être entassés".

 

L'été, avec le soleil, les barbecues improvisés et le pastis avec les voisins, ils se croiraient presque en vacances. Il en va, évidemment, tout autrement l'hiver où la pluie et la boue empêchent les campeurs de vivre dehors et où l'espace confiné de la caravane ou du mobil-home paraît plus étroit.

 

Au camping du Pont-du-Rupé, les habitants à l'année représentent plus de 50 % de l'activité. Ce n'est pas encore l'Amérique, avec ses villages de caravanes plantés à la périphérie des villes, qui hébergent les plus déshérités, mais cela commence à y ressembler.

 

Provisoire au début, la vie en camping est devenue pour certains une option définitive. " Je ne serai plus capable de vivre dans un immeuble, ni même en ville avec la pollution, le bruit, " explique Guy qui s'est peu à peu installé sur son terrain avec une petite caravane, puis une plus grande, puis des annexes en toiles, des plantes vertes et des fleurs devant les portes. Cet ancien représentant de commerce, aujourd'hui en retraite, a même trouvé ici une compagne : sa voisine de caravane !

 

Comme lui, Henri et Jean-Luc, deux quinquagénaires, qui ont traversé beaucoup de galères, ne quitteraient le camping du Rupé pour rien au monde. Au bout du terrain, ils se sont fait leur petit domaine avec quelques caravanes fatiguées.

 

Retraité de l'armée, Henri est passé de foyer en foyer avant d'échouer là. " Je suis arrivé en plein mois de février, raconte-t-il, c'était l'hiver, j'avais juste ma tente, c'était très dur. Mais je préférais cela que le foyer ou un appart' où je ne supportais personne. " On lui prête une caravane, il l'achète, puis en acquiert d'autres : " J'ai eu jusqu'à six caravanes, explique-t-il, d'un air fier de propriétaire. Aujourd'hui avec Jean-Claude, ils ont une caravane pour la cuisine et chacun son " studio ". Ils sont tellement installés qu'ils ont commencé à daller l'accès qui mènent à leurs habitations de fortune et monté un abri de jardin pour la machine à laver et le congélateur.

 

Jean- Claude, lui, est arrivé là après " avoir fait la route ". Toulousain d'origine, il a vécu à Cagnes-sur-Mer, il a travaillé, puis divorcé avant d'amorcer la descente. Ici, il s'est refait une vie et des amis.

 

Cet après-midi là, tous deux prennent le café chez Corine, leur voisine, une jeune femme de 22 ans, toute menue, qui endigue comme elle peut la vitalité de ses deux enfants, Jordan et Allison. Le premier menace les voisins d'un sous-marin en plastique, la seconde gigote dans les bras de sa mère. " Je ne pensais pas habiter en caravane, reconnait Corine, mais ma soeur ainée a habité ici avant moi, et quand j'ai voulu quitter les parents, je lui ai racheté la caravane. "

Contrairement à ses voisins, Corinne n'aime pas vraiment cette vie en plein air. " Je voudrais vraiment un appartement, dit-elle, surtout pour les enfants, mais tout ce que l'on me propose, c'est au Mirail ou à Bagatelle. Alors je préfère rester là. ! "

 

Dans l'allée suivante, Yvonne, 59 ans, n'est pas non plus emballée par le camping permanent. Tout en parlant, elle berce doucement du pied une poussette où la petite Cléa dort à l'ombre.

" La première année, j'en ai pleuré, dit-elle. L'hiver, c'était sinistre, c'était froid, je n'étais pas habituée ; avant cela, j'avais une maison, un appartement. Au bout d'un moment, on finit quand même par s'y faire, c'est assez propre, assez coquet, on a un bon entourage. "

Malgré cela, cette mère de famille et grand-mère ne cache pas un brin d'amertume. Elle ne veut pas rester au Rupé. " Je suis venue pour suivre mon fils qui travaillait à Toulouse, mais, finalement, ce n'était pas facile de vivre avec eux. Ma vie à moi, dit-elle, ce serait de retourner chez moi, à Béziers. "

 

Pour Marianne, 44 ans, un faux air d'Ariane Ascaride, la comédienne des films de Guediguian, le camping a été une solution d'urgence. " Après un accident du travail, mon mari s'est retrouvé au chômage, nous avions 5 800 F de revenus et 3 200 F de loyer, il ne nous restait plus rien pour vivre. Mon mari a trouvé du travail, il s'agit de se déplacer dans toute la France avec des camions publicitaires, Nous sommes huit jours ici, huit jours là, mais son employeur est à Toulouse. C'est la première année où nous envisageons de rester ici, d'avoir en fait un pied à terre. "

 

Ils sont arrivés avec une canadienne, avant de se procurer une toile plus grande. Mais leur abri reste très fragile. Lors des derniers orages, tout a pris l'eau. Une grande bâche bleue protège aujourd'hui cette installation de fortune, et il n'y a guère que le mainate dans sa cage qui lui donne des faux airs de maison.

 

Malgré cela, Marianne reste optimiste : " La vie, ici, on s'y fait, affirme-t-elle, souriante. C'est une question d'habitude. " En short jaune et tee-shirt, elle a presque l'air d'une vacancière. Son sort devrait prochainement s'améliorer, des amis devant lui prêter une caravane, premier pas vers un habitat plus confortable. 3 000 francs pour un mobil-home. Si pour certains, vivre en camping est le dernier recours avant de se retrouver à la rue, pour d'autres, c'est un permier pas vers une réinsertion. Liliane, 52 ans, vit depuis quatre mois à La Bouriette avec son fils et son mari après une série de déboires financiers. Elle attend un logement social depuis deux ans

 

Fin avril, quand son mari a perdu son travail, la famille n'a pas eu d'autre solution que de louer ce mobil-home, pour 3 000 F par mois, payés en partie par une allocation logement. Faute de bulletins de salaire, il leur a été impossible d'obtenir un appartement dans le secteur privé. Pour Liliane, l'été a été dur, elle en a assez de cette précarité : il fait trop chaud sous la tôle de l'habitat précaire, les chiens et le chat de la maison n'en pouvaient plus, eux non plus.

Pour Michel, 43 ans, qui vit lui-aussi à La Bouriette, sa caravane, c'est au contraire, la promesse d'un avenir meilleur. " Tout ce qu'on me propose, c'est au Mirail ou à Bagatelle. Alors je préfère rester dans ma caravane

 

José travaille sur des chantiers de BTP partout en France, et habite le plus souvent dans sa caravane, car cela coûte moins cher. Il rentre tous les quinze jours dans son vrai " chez lui", à Bayonne.

 

Il met d'ailleurs un point d'honneur à la ranger parfaitement et la fait visiter volontiers. Il revient de loin, de la misère, du RMI. " Pendant dix ans, j'ai été ramasseur de pommes, du côté de Montauban, dit-il, j'ai fait 36 métiers, 36 misères comme on dit. " Il y a quelques mois, il a trouvé un travail à l'entretien, dans une grande surface, a loué sa caravane et n'hésite pas à faire plus de deux kilomètres à pied, tous les matins, pour aller travailler. Son projet : acheter bientôt une mobylette. " Ici je suis heureux comme un roi ", dit-il.

 

Tous les " campeurs " ne sont pas au chômage ou inactifs. Quelques uns vivent là parce que leurs contraintes professionnelles les obligent à être très mobiles. Jean-Marc, par exemple, qui vit au Pont-du-Rupé est chauffeur routier. Chez lui, la décoration est sobre. Un canapé devant la télé, quelques bibelots sur une étagère, une table et quatre chaises en skaï ; au mur, un diplôme attendrissant du " meilleur frère "... Pauvres restes d'une existence d'avant, que l'on soupçonne différente. " J'avais bâti ma propre maison, explique-t-il, je n'ai pas pu la garder. Après une séparation, je suis allé vivre en immeuble à Colomiers, je me rendais compte que je payais un loyer trop cher pour finalement me poser là deux fois par semaine. Et être enfermé entre quatre murs dans le béton, cela ne me disait plus rien. Il y avait longtemps que cette idée de vivre en mobil-home me trottait dans la tête. " Avec ses économies, il en achète un d'occasion pour un peu plus de 20 000 F et l'installe au Pont-du-Rupé. " Je vis mieux qu'avant, raconte-t-il, je ne sais pas combien de temps je vais rester là, mais sûrement longtemps. " Et puis il a un espoir : son fils de 18 ans a envie de venir vivre avec lui, au camping, dans un autre " logement ".

 

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, la solution camping n'est pas vraiment moins onéreuse que la location d'un studio en ville. Au camping du Pont-du-Rupé, un emplacement revient à 450 F par semaine, soit environ 1 800 F par mois. Mais il faut amener sa caravane ou son mobil-home. La plupart des locataires louent leur habitat ou l'ont acheté. Les prix varient de 20 000 F à 100 000 F. Ils n'ont pas droit aux allocations logement mais l'eau chaude et l'électricité sont comprises et il n'y a pas d'impôts locaux pour donner un coup de massue sur un budget fragile en fin d'année. C'est ce qui fait la différence.

 

A La Bouriette, qui compte 80 emplacements dont 60 loués à des permanents, les mobil-homes sont la propriété du camping, géré par Carole et Philippe Sintes depuis quatre ans. Ils se louent entre 2 800 F et 3 300 F par mois. Cela peut paraître cher, mais, là, il est possible de percevoir une allocation logement qui couvre la moitié du loyer.

 

En dépit de ces tarifs, les campings à l'année de l'agglomération affichent souvent complet ou presque. José, qui travaille sur des chantiers de BTP en donne l'explication. " Il y a très peu de campings ouverts tout le temps et à Toulouse, en ce moment, le BTP marche bien. Alors quand on trouve un emplacement correct, on le garde. Parce que, s'il faut payer un loyer en ville ou l'hôtel avec les frais de déplacements, on travaille pour rien ! " Lui, vit de chantier en chantier dans toute la France, depuis trente ans. Souvent dans sa caravane. Il rentre tous les quinze jours à Bayonne, dans son " vrai chez lui ". Avec le temps, il s'est mis à aimer cette ambiance de camping : "On trouve toujours des copains avec qui discuter, boire l'apéro. "

 

La convivialité, même un peu forcée, de l'endroit, permet aux résidents de rompre cette solitude qui est souvent leur lot. Jean-Louis, par exemple, câbleur à l'Aérospatiale, a su par ses collègues de travail que La Bouriette existait. Après une séparation, il y a élu domicile, le temps de mettre de côté de quoi payer une caution.

 

Dans les campings, les résidents à l'année s'efforcent de reconstituer l'ambiance d'un village. Il y a souvent des fleurs sur les tables ; dans tous les mobil-homes ou presque, on entend marcher la radio, la télé. Finalement, les campeurs vivent là comme chez eux autrefois. " On a de l'air, de la place, on vit un peu tout le temps comme si on était en vacances, et l'on se sent en sécurité. "

 

Christian Lagarde, le gérant du camping du Pont-du-Rupé a regroupé les femmes seules - elles sont deux ou trois - près du pavillon du gardien. Cela fait maintenant six ans qu'il a repris les rênes de ce terrain, à l'origine municipal, mais donné en concession par la ville à une structure privée.

 

" Au début, dit-il, j'ai été surpris par cette clientèle disparate. Cela va de l'ouvrier du bâtiment qui vit dans une petite caravane pour minimiser le coût de son séjour et garder une plus grande partie de son salaire, à la famille de sept enfants dont le père est au chômage."

 

Ilôtier et animateur de quartier

S'il reconnaît que certains mobil-homes sont aussi confortables que des studios, il ne minimise pas les problèmes de ses locataires. " La plupart d'entre eux sont là parce qu'ils ne peuvent pas présenter les bulletins de salaire pour avoir un logement, mais pour d'autres, c'est le côté mobile et anonyme de la vie en camping qui les intéresse. Avec la plupart des résidents, ça va, ça se passe bien ; d'autres ont des problèmes relationnels. L'hiver, on fait plus souvent de la gestion humaine que de la gestion touristique On est tout à la fois ilôtier, gardien, animateur de quartier, même si notre vocation n'est pas de faire du social. "

 

Ce phénomène du développement des mobil-homes ne le surprend pas . " On en trouve à Toulouse comme dans toutes les grands villes, à Lyon, à Nantes, à Paris . " Il pense même que cela pourrait devenir une solution aux problèmes de logement et envisage de créer un parc de mobil-homes pour les étudiants ou ceux qui viennent à Toulouse chercher un emploi.

 

Mais un camping à l'année exige une organisation différente d'un camping saisonnier. Le directeur a profité du départ des gitans pour redessiner le terrain. A droite, les mobil-homes et les caravanes des permanents, à gauche, les caravanes des touristes et au fond, à l'ombre, les toiles de tente des gens de passage. " La cohabitation se passe bien parce que les touristes ne restent pas longtemps. Avec les permanents, ils ne font que se croiser. "

 

Finalement, la mixité sociale ne se fait pas mieux ici que dans les cités décriées par les campeurs.

 

Joëlle Porcher

Source: www.tout-toulouse.com/011209/1209_camping1.html 

 

 

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