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Le
droit et l'accès pour tous à la Ville
Déclaration
des associations françaises de solidarité internationale
pour
Habitat II+5
Source:
http://www.globenet.org/aitec/chantiers/urbain/habitat2/decasso.htm
Préambule
1.
Depuis Habitat II, à Istanbul, en 1996, la
situation s’est aggravée pour les urbains pauvres. Force est de
constater que, malgré toutes les déclarations enthousiastes et
les engagements des gouvernements et des institutions
internationales, la précarité s’est accrue dans les villes.
Des mouvements de plus en plus résolus se dressent contre cette
situation et font état de l’existence de solutions. Mais une
volonté politique réelle de la plupart des Etats et de la
communauté internationale va à l'encontre de la mise en œuvre
de ces solutions.
La préparation d' Habitat II+5
est significative d’une évolution négative. Certains Etats,
dont les Etat Unis, la Chine et l’Iran ont remis en cause les
accords péniblement négociés à Istanbul et après,
particulièrement sur la reconnaissance du droit au logement et la
Charte de l’autonomie communale. Par ailleurs, les Etats Unis
ont refusé violemment la participation des associations et des
autorités locales au débat international.
Le modèle de développement
dominant tient compte du diagnostic et des critiques, mais il
durcit les orientations antérieures. L’ajustement structurel
dont on a pu mesurer les effets, bénéfiques pour les plus
puissants et catastrophiques pour les plus pauvres, est
réaffirmé. Il est encadré par la "lutte contre la
pauvreté", qui n’en finit pas de produire de la pauvreté,
et la "bonne gouvernance" substituée à la
démocratie. Le commerce mondial étale sa logique qui oppose les
profits ahurissants des firmes pharmaceutiques, conformes au monde
de l’OMC et les 13 millions de personnes, atteintes du SIDA et
en danger de mort chaque année, à qui on interdit l’accès aux
médicaments. Les Institutions Financières Internationales (IFI)
sont encore plus étroitement soumises à la logique du marché
financier mondial.
A l’inverse, le mouvement
citoyen s’est affirmé au niveau mondial. De Seattle à Porto
Alegre, les associations de solidarité internationale et les
mouvements d’habitants, avec les syndicats, les paysans, les
petits producteurs, les écologistes, les consommateurs
revendiquent, pour le développement et pour l’organisation
internationale du monde, une autre logique fondée sur le respect
des droits de la personne humaine. Porto Alegre met en avant la
nécessité de la démocratie locale et d'une articulation entre
gouvernement et société civile.
2. Les
sommets et conférences du système des Nations Unies se
succèdent, abordant d'année en année les grandes questions qui
agitent la planète et son devenir : Vienne et les droits de l’homme,
Le Caire et la population, Rio et l'environnement, Copenhague et
le développement social, Pékin et les femmes et Istanbul et les
villes.
Le bilan de ces conférences
internationales officielles justifie un certain pessimisme sur la
capacité des Etats à construire un système international
démocratique. Les Etats participants ne s'engagent que sur des
déclarations minimales qu’ils appliquent rarement, quand ils n’y
sont pas contraints par les mouvements sociaux.
3.
Néanmoins, ces conférences sont
l'occasion d'échanges, de débats, de rencontres parallèles,
entre les nouveaux acteurs de la scène internationale. Elles
renforcent les mouvements sociaux dans la réaffirmation de leurs
revendications. Elles contribuent à la construction d'une opinion
mondiale. Elles ont progressivement entériné la place croissante
d'autres partenaires aux côtés des Etats, plus particulièrement
les associations et les municipalités. Il paraît donc important
que les Associations de Solidarité Internationale (ASI)
explicitent leurs positions afin de jouer un rôle
d'interlocuteur, et si nécessaire de contrepoids, face aux Etats.
Par ailleurs, ces conférences ont l'intérêt de réaffirmer la
place des institutions des Nations Unies, fondées sur la
déclaration universelle des Droits de l'Homme, vis à vis de
celles de Bretton Woods.
4. La
première conférence sur l'habitat et les établissements humains
a eu lieu à Vancouver en 1976 et a donné naissance à la CNUEH
de Nairobi. En vingt-cinq ans, le discours international sur
l'urbain a profondément évolué. Du logement et des techniques
appropriées, on est passé à la ville; de la politique urbaine
à la gestion urbaine; d'une franche opposition Nord-Sud (nantis-démunis)
à la montée des difficultés sociales au Nord dont l'expression
est particulièrement vive dans les villes et leurs banlieues. Le
discours aujourd'hui s'est complexifié et technicisé en même
temps qu'il perdait une grande part de son contenu
politique.
L'enjeu,
aujourd'hui, n'est plus tant, dans un monde en croissance, de
rattraper le niveau de vie des plus riches, que de lutter contre
l'exclusion, au Nord comme au Sud, dans un monde à deux ou trois
vitesses. Notre perspective est celle du droit à la ville et au
logement pour tous, et il ne pourra être effectif sans efforts spécifiques
et volontaristes à l'égard des défavorisés et la
reconnaissance de leur protagonisme.
Le problème de l'habitat rural ne
doit pas être sous-estimé; l'accent mis sur les villes, dans
leur environnement global, doit être resitué dans l’évolution
du rapport entre les villes et les campagnes.
5.
Nous ne pouvons accepter un monde à
irresponsabilité illimitée. L'argument d'une pénurie de
ressources pour investir dans les logements et l'habitat pour les
secteurs non solvables n'est pas acceptable. En réalité, le
monde est progressivement plus productif, plus riche. Depuis
1960, la production mondiale de biens a augmenté deux fois et
demi plus que la population. Ce n'est pas la masse des richesses
produites qui est en régression, mais leur distribution et
affectation qui est de plus en plus inégalitaire. La situation du
logement et de l'habitat est d’autant plus préoccupante qu’il
s’agit d’investissements hautement productifs, tant du point
de vue social qu'économique; ils sont une des conditions
fondamentales de la poursuite de l'activité des hommes; ils
intègrent et socialisent.
6. Nos
sociétés sont aujourd'hui soumises à une pensée économique
présentée comme la meilleure et la seule possible: le
néo-libéralisme. Certes, l'économie de marché est
extraordinairement performante pour développer la productivité.
Mais elle se traduit par une logique d'ajustement structurel
imposée à toutes les économies, du Nord comme du Sud. Ouverture
des frontières, mouvements de capitaux, priorité à
l'exportation, réduction des déficits budgétaires, et notamment
des dépenses de santé et d'éducation... Chaque société doit
se soumettre aux exigences du marché mondial. Mais avec les
richesses, ce système produit des pauvretés; avec le bien-être
de quelques-uns, le déracinement et la perte de sens pour
beaucoup d'autres.
Les ASI,
dans leur travail d'appui aux populations des quartiers pauvres,
sont confrontées aux problèmes de chômage, de ressources, de
formation, de crédit ... Elles savent que les efforts des
populations, pour importants qu'ils soient, restent limités dans
leurs résultats. Elles souhaitent voir s'ouvrir de véritables
espaces de négociation entre les habitants et leurs représentants
d'une part, et les pouvoirs publics, locaux et centraux d'autre
part, ainsi qu'avec les organismes internationaux, pour que soient
reconnues leurs contributions à la construction de la ville de
demain.
7. Bien
que travaillant le plus souvent avec les exclus et les laissés
pour compte, les ASI se distinguent clairement des associations
d'habitants. Ces dernières se constituent le plus souvent en
réponse à des difficultés quotidiennes bien identifiées
(groupes d'envahisseurs de terrain, associations pour la collecte
des ordures ménagères ou la revendication de services auprès de
la municipalité... ). Elles sont représentatives des habitants
d'un point de vue territorial ou communautaire.
Les ASI
interviennent en appui aux associations d'habitants, mais elles
n'en sont pas les représentantes. Elles ont aussi leurs objectifs
propres et sont porteuses de valeurs de solidarité dans leur pays
et dans le monde. Pendant longtemps les ASI ont méconnu la ville
au Nord, tandis qu'au Sud elles sont intervenues principalement en
milieu rural ou "dans" la ville (sur des questions de
santé, de formation, de protection de l'enfance... ), plus que
"sur" la ville. Les ASI dont la compétence est spécifiquement
urbaine sont rares et leurs actions au Sud limitées car les
financements dévolus à des projets urbains restent marginaux. Néanmoins,
ces ASI se professionnalisent : fortes de leurs expérimentations
et du travail de capitalisation accompli ces dernières années,
elles proposent désormais un point de vue sur la ville, ainsi que
des pistes et des méthodes d'intervention. C'est à partir des
principes dont elles se réclament, de leur pratique et de leur réflexion
que les ASI dressent un état des lieux de la problématique
urbaine et définissent leurs propositions.
Principes
8. Cinq
principes ont été définis, par les ASI, au cours des rencontres
de la communauté internationale: ce sont les principes de
liberté, d'égalité, de citoyenneté, de solidarité et de
durabilité. Les ASI réaffirment leur adhésion à ces principes
et pensent que leur traduction dans les stratégies et programmes
de développement urbain pourrait permettre d'atteindre les deux
principaux objectifs énoncés par les Nations Unies en vue
d'Habitat Il: un logement convenable pour tous, des
établissements humains viables. Ces principes permettent aux ASI
de construire leur analyse spécifique des situations et des
contextes, de définir leurs positions par rapport aux politiques
nationales et aux institutions internationales, d'avancer leurs
critères d'évaluation pour ne pas se laisser enfermer dans des a
priori implicites, de fonder leurs propositions et leurs méthodes
d'intervention.
Libertés
9. La
ville a souvent, dans l’histoire des sociétés, été porteuse
de libertés ; libertés des villes et libertés dans les villes.
Les libertés d’expression et d'initiatives associatives sont
des préalables pour la participation des habitants et la
démocratie. La conquête de la liberté de circulation des
personnes, dans un monde qui reconnaît toutes les autres
circulations, reste à faire. La garantie des libertés ne peut
pas être réduite à la régulation de marché, même si, dans
certains cas, les économies de marché ont pu être considérées
comme des alternatives à des régimes totalitaires. Il s'ensuit
logiquement pour, les ASI, une liberté d'initiative qui est
l'expression associative de la liberté d'entreprendre.
Egalité
10. Il
ne peut y avoir de liberté sans égalité, de liberté d'exercice
de droits sans organisation d'un accès égal à ces droits.
Le principe
d'égalité est lié à la reconnaissance des droits fondamentaux
de la personne humaine. Il vise à garantir à chacun-e, sans
discrimination, le développement de ses facultés. Dans la ville,
l'égalité concerne particulièrement le droit d'accès au sol et
le droit au logement, le droit au travail, à la culture, à l'éducation,
à la santé, à la justice et à la sécurité.
Les différences
dans l'aménagement, l'équipement et l'entretien des quartiers
(dont témoignent les distinctions entre ville légale et
quartiers irréguliers, ou entre centre planifié et habitat
spontané périphérique, ville-centre et banlieues-zones) sont de
fait la traduction concrète de discriminations socio-écononiques
et de ségrégations économiques, sociales et culturelles.
Les collectivités publiques ont
le devoir de mettre en œuvre des politiques assurant la promotion
de l'égalité, ainsi que des mécanismes de régulation
économique et sociale garantissant l'accès des plus pauvres aux
équipements (eau potable, assainissement, énergie, etc.) et aux
services de base (éducation, santé, sécurité... ).
L'égalité dans l'aménagement
urbain passe par une approche globale et une planification. Elle
suppose des systèmes de financement faisant appel à des
mécanismes de péréquation dans la fiscalité locale et
nationale, dans l’impérieuse nécessité d’une redistribution
internationale.
11. Dans
le cadre de la transformation des rapports socioculturels entre
les sexes, l'objectif d'égalité et de non discrimination doit
devenir le fil conducteur privilégié de la redynamisation des
méthodes de travail et de gouverner et susciter un débat sur de
nouveaux choix en matière d'aménagement et de gestion des
cités. Si les femmes représentent 50 % de la population, alors
qu'elles assurent une place centrale dans l'économie et dans la
gestion des quartiers, elles ont été tout particulièrement
absentes des instances politiques de décisions ayant trait au
développement et à la gestion des villes. En la matière, la
problématique femme reste encore trop méconnue. Une nouvelle
lecture transversale de la ville avec l'expertise de femmes
s'impose. Elle offre l'avantage d'aborder de façon qualitative
des préoccupations essentielles pour l'ensemble des citoyens , en
vue de favoriser un changement en profondeur et une meilleure
qualité de vie pour tous. La charte européenne des femmes dans
la cité (1994) en est un bon exemple.
Citoyenneté
12. La
citoyenneté est, au-delà de l'affirmation des droits, la
reconnaissance et la mise en œuvre de la responsabilité de
chacun dans la vie présente et future de la cité. Chacun doit
pouvoir agir sur les décisions qui le concernent. Ainsi la
participation populaire est au centre du processus de
développement urbain dans tous les secteurs de la vie économique
et sociale. C'est elle qui permet aux exclus, aux urbains pauvres
et aux femmes d'être reconnus comme acteurs de leur
développement. Pour les ASI, l'affirmation du principe de
citoyenneté va de pair avec la démocratisation des
instances de décision et la participation de tous les habitants
au processus de développement de la cité. Elles revendiquent de
nouvelles relations entre démocratie représentative et
démocratie participative. Les organisations et associations de
quartier sont des lieux de participation effective à la vie
urbaine et, de ce fait, doivent être soutenues. Au cas où la
citoyenneté serait inaccessible du fait de conditions de
nationalité, la citadinité - participation des citadins à
l'administration de la cité - est à garantir dans son
effectivité quotidienne.
Solidarité
13.
Le principe de solidarité renvoie à la conscience d'une
communauté d'intérêts qui entraîne l'obligation morale de ne
pas desservir les autres et de leur porter assistance. Pour les
ASI, le principe de solidarité se traduit par le partenariat qui
est à la fois un objectif et un moyen de leur intervention.
Au niveau
local, ce principe découle d'une conception collective du développement
qui s'appuie sur des appartenances culturelles ou sur des
situations économiques et sociales défavorables qui soudent les
individus. Cette solidarité est un levier important pour les
initiatives locales menées par les habitants regroupés en comités
de quartier ou en coopératives.
Au niveau national, la solidarité
repose davantage sur un sentiment d'interdépendance des individus
et se traduit par l'émergence de regroupements des organisations
populaires. Celles-ci devraient jouer un rôle déterminant comme
expérimentateurs de nouveaux dispositifs et interlocuteurs des
pouvoirs publics dans la définition des politiques et programmes
de développement. Au niveau international, la
mondialisation et la prédominance de la logique économique
obligent les ASI du Nord et les organisations non
gouvernementales du Sud à faire cause commune pour lutter contre
les inégalités auxquelles elles se trouvent confrontées. Des
relations de partenariat peuvent ainsi s'établir entre acteurs du
développement qui partagent des convictions, déterminent
ensemble les objectifs de projets et de programmes, s'enrichissent
mutuellement à travers un dialogue constant et l'échange
d'expériences en réseau. Ce partenariat est l'expression d'une
solidarité active, le fondement d’une construction de l’égalité.
Durabilité
14.
Le développement durable, entendu comme le droit des
générations futures, s'applique avec une acuité particulière
à la problématique urbaine, d'autant plus que la temporalité
économique s'est considérablement contractée alors que la ville
s'inscrit normalement dans la longue durée. Il signifie que la
gestion des villes doit tenir compte de la durée et des besoins
des générations présentes, tout en préservant les
possibilités des générations futures. L'urbanisation
s'accompagne de nuisances : extension foncière qui menace les
sites et les ressources naturelles, émission de rejets et de
déchets, etc. Celles-ci sont d'autant plus difficiles à gérer
que la ville est dense et étendue et que le niveau de
développement économique est bas. Elles nécessitent des
politiques urbaines intégrées (logement, transport, hygiène,
production), une réglementation des politiques industrielles et
énergétiques, en relation avec l'environnement régional et
planétaire.
Le développement
durable doit recouvrir toutes les dimensions du développement
humain (économique, sociale et culturelle), et notamment garantir
les conditions d'hygiène et de santé des populations et
favoriser l'éducation et la formation.
Les actions
entreprises par les associations ne peuvent être durables que si
elles sont relayées au niveau des collectivités locales et de l'Etat;
si elles s'inscrivent dans une continuité institutionnelle et si,
en retour, elles contribuent à la démocratisation des Etats. Les
collectivités locales jouent en ce sens un rôle indispensable
d'intermédiation, de coordination et d'arbitrage.
Etat des lieux
15. L'état
des lieux dressé par les ASI résulte des constats qu'elles sont
amenées à faire à partir de leur pratique locale et au regard
de leurs principes. De leur travail quotidien, dans les quartiers,
auprès des habitants, elles ont sur le monde et ses mutations un
point de vue original. Un état des lieux aujourd'hui sur le
logement et l'urbain se décline à quatre niveaux : local,
national, régional et mondial.
Au niveau local
16.
Nous sommes témoins, au Nord, comme au Sud, de la difficulté à
vivre la ville au quotidien: insuffisance des infrastructures de
base, chômage ou sous-emploi, progression de la délinquance et
du crime, sans-abri, pollution, faiblesse des ressources
locales... Plusieurs "villes" se juxtaposent ainsi
dont le niveau d'équipement et d'intégration sociale s'opposent.
Dans le même
temps, les populations s'organisent pour revendiquer, voire pour
prendre elles-mêmes en charge, du fait de l'absence
d'intervention publique, une partie des fonctions d'intérêt
collectif.
De plus, parallèlement au
processus d'urbanisation, on observe depuis le milieu des années
1980 un mouvement progressif de décentralisation des compétences
et des pouvoirs jusque-là détenus par l'Etat et les
administrations centrales. Villes et régions acquièrent une
autonomie plus grande. Néanmoins les collectivités locales ne
disposent pas des ressources suffisantes pour mettre en œuvre
leurs nouvelles attributions (des transferts financiers, des réformes
de l'assiette fiscale et des modes de perception sont notamment
nécessaires).
17.
Depuis Habitat II, une transformation en profondeur est sensible
au niveau local. Elle s’appuie sur un nouvel équilibre des
pouvoirs qui valorise le local. Cette évolution, qui n’est pas
sans danger, met en avant la démocratie de proximité et le
développement local. Les ASI ne peuvent que se féliciter de
cette attention nouvelle à une démocratie participative comme le
démontre l'émergence des autorités locales et les initiatives
telles que le budget participatif de Porto Alegre, les agendas 21
locaux, les coalitions locales du Programme de Gestion Urbaine la
relance des économies locales du Programme de Développement
Municipal.
18.
Face à ces réalités, la position des ASI est de:
- partir
des associations d'habitants pour les aider à formaliser leurs
demandes, à améliorer l'efficacité de leurs réalisations et de
leurs actions ;
- privilégier
le quartier, qui est une bonne échelle d'intervention permettant
de dépasser les logiques sectorielles pour appréhender l'urbain
sur un mode territorial, dans toutes ses interactions et sa
complexité ;
- assumer
une fonction d'intermédiaire et de médiateur entre les divers
acteurs de la vie urbaine ;
-
Construire de nouvelles relations, souvent difficiles, entre les
associations et les municipalités ;
Au niveau national
19.
Les ASI constatent un
désengagement progressif de l'Etat qui se voit sommé de céder
ses fonctions productives, mais aussi de se débarrasser de ses
fonctions de prestation de services, y compris publics, au secteur
privé. Or, la ville ne peut se passer d'une intervention
publique, : elle génère des externalités que le marché ne peut
réguler (pollution, spéculation foncière et immobilière... ).
En outre, il ne peut y avoir de consensus sur la " meilleure
ville " possible : la ville la plus souhaitable pour les
entreprises n'est pas forcément la ville la plus souhaitable pour
ses habitants ... La ville reflète les choix
politiques, économiques et sociaux des gouvernements. On constate
aujourd'hui un certain nombre de lacunes qui contribuent à
développer la marginalisation et l'exclusion : une absence de
coordination entre les institutions ; des mécanismes juridiques
inefficaces pour faire reconnaître et appliquer le droit au
logement ; l'impact des réglementations sur le marché du
logement, et particulièrement du logement social; les politiques
de transfert des ressources publiques (entre l'Etat et les
collectivités locales, entre collectivités locales, etc.).
20.
Depuis Habitat II, la décentralisation s’est imposée comme un
mouvement général. Ce mouvement est contradictoire: il résulte
de la mise en cause des Etats par le haut, la mondialisation, et
par le bas, une revendication de démocratie de proximité. Il y a
eu davantage de réformes de décentralisation impulsées de
l'extérieur (IFI notamment) que du niveau local. La
décentralisation n'est que l'alibi à une ingouvernabilité du
centre.
Les ASI apprécient la
décentralisation sans en méconnaître les dangers. Elles sont
attentives à la nature des Etats, à leurs dérives autoritaires,
à leur subordination aux pouvoirs économiques et au peu d’intérêt
réel qu’ils portent aux plus faibles. Elles n’en sont pas
moins conscientes de l’importance du rôle des Etats et elles ne
sont pas pour autant favorables à l'affaiblissement des pouvoirs
publics à l’avantage des marchés qui signifie une
subordination encore plus grande aux pouvoirs économiques et
financiers. Cette demande contradictoire,"moins d'Etat, plus
d'Etat", débouche en réalité sur la quête d'un
"autre Etat".
Par
ailleurs, les privatisations d'entreprises de services de première
nécessité se sont poursuivies à bon rythme avec les mêmes
causes et les mêmes effets.
21.
Pour les ASI, l'Etat tire sa légitimité de sa fonction de garant
du bien-être collectif. Il lui revient de définir le mode et
l'ampleur de la redistribution des richesses et de mettre en
œuvre le cadre institutionnel et réglementaire d'une politique
de la ville à la fois plus juste et plus durable.
Les ASI veulent contribuer à une
démocratisation plus grande des choix et des décisions qui
concernent le futur des villes et de leurs habitants : elles
militent pour une plus grande participation des citoyens ; elles
font émerger les problèmes et les portent devant l'opinion,
jouant ainsi un rôle de groupe de pression pour influer sur les
politiques mises en œuvre.
Au niveau géopolitique
régional
22.
En même temps que se développe la mondialisation des échanges,
on assiste à l'émergence de blocs régionaux plus ou moins
structurés (l'Union européenne, l'ALENA, le Mercosur, l'ANASE,
les "triangles de croissance" asiatiques...). La plupart
de ces organisations régionales visent en premier lieu
l'abaissement des barrières commerciales et une plus grande
fluidité des échanges et des mouvements de capitaux. Ce sont,
dans un mouvement contradictoire, des vecteurs de la
mondialisation néo-libérale et des contre-tendances à cette
évolution. Bien que peu d'entre elles se soient données dans
leur mandat des fonctions politiques et sociales, elles pourraient
être des lieux d'apprentissage de la coopération entre les Etats
et contribuer en ce sens à consolider la paix. C'est à leur
échelle que peut se définir une politique concertée
d'aménagement des territoires, dans la mesure où elles
s'attachent à favoriser un développement viable,
responsable et équitable pour tous à long terme.
23.
Depuis Habitat II, la discussion sur les régions géoculturelles
s’est poursuivie. Elle a malheureusement pris surtout l’aspect
de la promotion des zones de libre-échange encadrées par les
accords de l’OMC. De même, les fondements des propositions de
plus grande autonomie des banques régionales restent à discuter.
24.
Les ASI voient dans cette progression de la régionalisation des
possibilités intéressantes. Les ASI ont déjà adopté cette
dimension régionale, d'abord en développant des réseaux
d'échanges d'expériences et de formation mutuelle, ensuite
en élaborant des propositions communes qu'elles défendent
devant les instances compétentes (par exemple, la Asian Coalition
for Housing Rights qui lutte contre les expulsions, ou la Charte
européenne pour le droit à habiter et la lutte contre
l'exclusion). Les réseaux de villes qui se développent à
l'échelle internationale, parallèlement à l'intervention des
États, oeuvrent à une plus grande autonomie des autorités
locales et à une meilleure expression de la société
civile.
Au niveau planétaire
25.
Le 20e siècle restera sans doute dans l'Histoire comme celui qui
aura initié la mondialisation : celle des guerres, de l'économie
et de la communication. C'est aussi le siècle de l'urbanisation
rapide et massive, avec notamment l'apparition de mégalopoles
multimillionnaires. L'expansion, à l'échelle de la planète,
d'une même logique économique génère, au Nord comme au Sud,
les mêmes types de réponses, dont les villes et leurs
dysfonctionnements renvoient une image exacerbée. Il devient
nécessaire de repenser les migrations internationales dont
l'importance est liée aux disparités économiques, aux droits
des minorités et au respect des droits de la personne. Il devient
également nécessaire de repenser les fonctions et les formes
d'organisation des villes.
26.
Depuis Habitat II, les disparités dans la distribution des
richesses au niveau mondial se sont encore accentuées. La logique
de l’OMC, la marchandisation du monde, s’est imposée. La
logique du marché mondial s’impose aux institutions
financières internationales. Le modèle de développement combine
l’ajustement structurel avec la pauvreté et la
gouvernance.
27.
Les ASI constatent que la maîtrise de l'urbanisation exige de
renouveler la réflexion sur les relations villes/campagnes, sur
la démographie et les migrations internationales. Nous
reconnaissons que les villes jouent désormais un rôle moteur
dans le développement économique. Mais la maîtrise de
l'urbanisation passe par l'adoption et la mise en œuvre de
politiques permettant de corriger les externalités négatives
créées par la concentration urbaine. Nous travaillons à une
prise de conscience universelle et à une vision planétaire.
Propositions
28.
Nos propositions en tant qu'ASI sont organisées autour de neuf
thèmes:
a) le
partenariat ; b) la référence aux droits de la personne humaine
; c) le cadre institutionnel ; d) les méthodes et les politiques
spécifiques (l'accès au foncier, aux financements, aux matériaux,
à la conception des projets, des programmes et des politiques,
aux services urbains) ; e) les projets et les interventions des
ASI (principes et méthodes) ; f) les politiques nationales du
logement, de l'habitat et de la ville ; g) les stratégies et les
interventions des institutions nationales ; h) le système
international ; i) les relations avec les autres acteurs:
municipalités, chercheurs, experts et professionnels,
administrations, entreprises et secteur économique, agences de
coopération, institutions internationales, associations
d'habitants, mouvements populaires et syndicats.
Les
principes énoncés ont des conséquences pour chacun de ces thèmes.
Ils nous conduisent à expliciter nos demandes sur les dispositifs
institutionnels en vigueur et à préciser la nature de nos
engagements.
29.
Nous concevons toute relation de coopération comme devant
nécessairement être fondée sur la reconnaissance mutuelle des
acteurs qui la nouent. Elle doit être établie sur la base d'un
intérêt mutuel. Elle doit enfin s'inscrire dans la durée.
Compris comme relation fondée sur ces principes, le partenariat
doit constituer la base et la méthode de construction de rapports
de coopération renouvelés entre les mouvements associatifs d'une
part (associations d'habitants, de citoyens ou de producteurs et
leurs regroupements), et entre ceux-ci et les ASI d'autre part.
Dans ce but, nous demandons que le mouvement associatif soit
reconnu en tant que représentation des intérêts directs des
habitants, complémentaire de la représentation par délégation
issue des élections.
Les ASI,
reconnaissant qu'elles sont des entités distinctes du mouvement
associatif de base, s'engagent à renforcer l'autonomie de
celui-ci, à se faire le porte-parole de ses revendications et à
mettre en place des moyens et des méthodes qui contribuent à la
consolidation de ses actions. Elles s'engagent à nouer des
relations de partenariat avec les associations du Sud dans cet
objectif. Elles s'engagent enfin à favoriser l'établissement de
liens directs, fondés sur ces mêmes principes, entre les
mouvements associatifs du Nord et du Sud.
30.
La nature du développement que nous voulons défendre est fondée
sur le respect et l'approfondissement des droits de la personne
humaine. C’est notre conception du développement durable. Nous
défendons la complémentarité des droits civils et politiques et
des droits économiques, sociaux et culturels. Nous soutenons les
efforts de la communauté internationale, réaffirmés à la
Conférence de Vienne pour un protocole additionnel pour les
droits économiques, sociaux et culturels. Particulièrement la
justiciabilité de ces droits, qui est une forme de garantie de
leur respect et la possibilité de recours judiciaire, ouverte aux
citoyens, pour juger de la responsabilité de ceux qui les
violent.
31.
Le cadre institutionnel et juridique doit garantir l'existence et
les formes de fonctionnement du mouvement associatif, et notamment
la liberté d'expression et le droit d'association. Aux niveaux
local et national, les administrations doivent accepter
l'autonomie et l'indépendance de ces associations. Elles doivent
notamment reconnaître à celles-ci le droit et le pouvoir de
nouer des relations avec les personnes et les institutions de leur
choix. Elles doivent enfin accepter de travailler avec le
mouvement associatif.
Nous demandons que soient
introduits et garantis, dans le droit international, la liberté
d'expression et le droit d'association. De façon générale, nous
appelons toutes les institutions à tous les niveaux, à prendre
en compte le point de vue du mouvement associatif à et l'associer
aux projets mis en œuvre et aux débats sur les programmes et les
politiques.
De leur côté, les ASI
s'engagent à considérer la cohérence territoriale et nationale
de leurs actions, en termes de politique de développement
économique, social et spatial. Toutefois, il est nécessaire
qu'il y ait coopération négociée avec les autorités locales en
vue de la construction d'un espace public. Cette reconnaissance de
l’importance des autorités locales ne signifie pas l’acceptation
des orientations municipales ou nationales et ne saurait conduire
à un contrôle a priori de leurs actions. C'est dans le cadre de
leur partenariat avec le mouvement associatif du Sud qu'elles
entendent définir leur position par rapport à ces
orientations.
32.
Nous revendiquons l'égalité de l'accès pour tous à l'habitat
et à la ville. Constituer ceci en référence pour l'action exige
aujourd'hui de réaliser un effort particulier pour les groupes
vulnérables en tenant compte de leur potentiel de résistance, de
réflexion et de force de proposition. Une attention particulière
devrait être portée à l'accès des familles monoparentales au
logement social. D'une manière générale, l'accès à l'Habitat
et à la ville devrait être accompagné de mesures assurant la
pérennisation de cet accès et des conditions de vie
décentes.
Les actions développées à tous
les niveaux doivent s'inscrire dans la durée et être définies
et mises en œuvre selon des méthodes démocratiques.
Il
appartient aux Etats et aux collectivités locales d'assurer
l'application de ces principes. C'est à partir de la
reconnaissance, de l'accompagnement et de la mise en synergie des
initiatives locales que peuvent et que doivent être conçus des
programmes innovants et forgées des politiques alternatives.
Dans le
domaine de l'accès au sol, nous demandons que soie garantie la sécurité
foncière, menées des politiques de régularisation et mis à
disposition des terrains. Il faudra veiller à ce que les
contraintes (dues à leur statut dans la famille et la communauté)
qui pèsent souvent sur les femmes, ne limitent pas cet accès au
sol.
33.
De façon à ce que chacun puisse effectivement participer aux
décisions qui le concernent (principe de citoyenneté), que
soient pris en compte les intérêts de tous (principes
d'égalité, et de solidarité) et que les actions engagées
intègrent le temps long de l'éco-développement (principe de
durabilité), nous demandons que les politiques nationales du
logement, de l'habitat et de la ville soient débattues
publiquement, notamment au niveau des programmes d'ajustement
structurel. Nous sommes prêts, sous ces conditions, à intervenir
en appui à des politiques respectant les principes qui nous
guident.
De la même
façon, en ce qui concerne l'accès aux services urbains, la mise
au point de programmes et de politiques doit prendre appui sur
l'action participative directe, au niveau local, qui fait la
preuve de son efficacité.
34.
Nous accordons une place stratégique à l'action par projet. Les
projets sont un moyen privilégié de tester, évaluer et valider
des méthodes et des dispositifs innovants d'intervention. Ils
offrent l'opportunité de développer en pratique des synergies
entre les acteurs. Ils permettent enfin d'alimenter les débats
d'orientation générale, tant du point de vue des projets urbains
que des formes et des méthodes de coopération. Dans ce sens, les
ASI demandent à être reconnues comme des acteurs à part
entière des processus de développement urbain et à être
associées, dans le respect de leur autonomie et des principes qui
les guident, à l'action et à la réflexion collective dans ce
domaine. Elles s'engagent, à ce niveau, à définir et mettre en
œuvre leurs projets dans le cadre de partenariats avec les
mouvements associatifs du Sud et à prendre en compte la
cohérence territoriale et nationale de ces projets.
35.
Il appartient aux institutions nationales de définir des
stratégies et des interventions fondées sur ces mêmes
principes. Respecter le principe de citoyenneté exige notamment
d'intégrer la participation populaire dans l'élaboration et la
conduite des interventions ; respecter celui d'égalité exige
notamment de mettre au point des systèmes de péréquation,
permettant l'accès de tous à l'habitat et à la ville. Dans les
différents domaines d'intervention, et principalement dans les
domaines du logement et des services urbains, nous demandons que
soient définis et garantis des services économiques d'intérêt
général. Ces services ne sont pas, de notre point de vue, des
filets sociaux destinés aux pauvres. Ce sont des mécanismes
permettant de garantir l’égalité d’accès pour tous aux
services fondamentaux ; ce qui implique des mesures et des
programmes spécifiques pour ceux qui en sont exclus par la
logique de marché.
36.
Nous demandons que les institutions internationales soient tenues
de respecter les accords internationaux signés par leurs membres,
et tout particulièrement les protocoles pour les droits qui sont
un des fondements du droit international. Nous demandons qu’une
instance de recours internationale puisse juger de l’action de
ces institutions et que les mouvements citoyens puissent y avoir
accès s’ils estiment que le droit international n’est pas
respecté. Nous demandons qu’une évaluation des interventions
des institutions financières internationales et de l’OMC soit
confiée à un organisme indépendant situé dans le système des
Nations Unies.
Nous demandons aux institutions
internationales de définir des orientations qui tiennent compte
des principes de liberté, d'égalité, de citoyenneté, de
solidarité, et de durabilité. Nous attendons de ces mêmes
institutions qu'elles reconnaissent l’autonomie des associations
et ne les subordonnent pas à leurs projets. Nous demandons que
les conditions d'application du principe du droit au logement
soient définies, notamment sur le plan financier, et que des
programmes de logement des sans-abri soient mis en œuvre. Nous
nous engageons à participer aux projets cohérents et fidèles à
ces principes.
37.
Nous entendons travailler avec ces différents acteurs dans un
cadre général de respect des intérêts des uns et des autres et
sur les bases suivantes:
- avec les
municipalités, à partir d'une reconnaissance réciproque des légitimités
respectives;
- avec les
chercheurs et les formateurs, dans la mesure où ceux-ci
s'attacheront à produire et à diffuser des connaissances qui
tiennent compte des intérêts, des pratiques et des attentes de
toutes les catégories d'habitants d'une part, et dont l'évaluation
d'autre part ne soit pas uniquement fondée sur des critères
financiers;
- avec les
experts et professionnels qui sauront construire des méthodes
d'action renouvelées intégrant les principes énoncés et
s'appuyant sur des pratiques nouvelles;
- avec les
administrations qui auront garanti le droit d'association et
respecteront la liberté d'expression;
- avec les
entreprises ouvertes à l'invention d'un partenariat économique
entre le Nord et le Sud fondé sur une rentabilité globale (et
non exclusivement financière) qui prenne en compte les questions
de l'emploi et des conditions de travail, du revenu et de la
satisfaction des besoins;
- avec les agences de coopération
et les institutions internationales reconnaissant la légitimité
et l’indépendance du mouvement associatif;
- avec les
associations d'habitants et les mouvements associatifs qui situent
leurs actions dans la durée et prennent en compte la cohérence générale
de celles-ci.
Nous sommes disposés à
contribuer à l'organisation du dialogue et de la concertation
entre l'ensemble de ces acteurs, à travers deux modalités
principales : la mise en œuvre de projets communs d'une part, le
débat sur les programmes et les politiques d'autre part.
Assurer l'effectivité de
droits libres et égaux à l'habitat et à la ville, nous semble
constituer l'essentiel de la mission des ASI.
Mars 2001
Associations
signataires :
ACAD
(Associatiuon de Coopération entre Acteurs du développement),
Acroterre, Aitec, Architecture
et Développement, CARI (Centre d'actions et de
réalisations internationales), CEDAL
(Centre de recherche et d'information pour l'Amérique latine), Cedetim,
CRID
(Centre de recherche et d'information sur le développement), Cedidelp,
EAST (Eau, Agriculture et Santé en milieu Tropical), Femmes
& Changements, Forum
de Delphe, Gret
(Groupe de recherche et d'échanges technologiques), Solagral,
Ritimo,
Villes en Tansition...
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