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DES PROJETS CONCRETS
Le petit béguinage à Louvain-la-Neuve
   Colloque Habiter Autrement
  
Louvain La Neuve - octobre 2000
  Mise à jour : 02-12-2014

Le béguinage 
est-il un art de vivre ensemble 
ou un art d’habiter chez soi sans exclure les autres? 

par Pierre Huvelle

Deux observations préalables.

                L’habitat groupé est une situation minoritaire dans notre pays ; dans notre culture individualiste et libertaire, beaucoup d’habitats groupés sont habités (surtout dans l’habitat social) par des personnes qui n’ont pas d’autres possibilités. Notre hypothèse ici vise des habitats groupés choisis, voire désirés par des personnes qui veulent vivre ensemble sur base explicite d’une motivation de vivre mieux, c’est-à-dire autrement.

                L’expérience dont je parle ici personnellement part d’un projet qui fonctionne depuis 6 ans et qui s’inspire d’une formule connue dans notre histoire et notre imaginaire, celle du béguinage, pratiquée surtout par des femmes dans différents contextes au cours des temps. En quelques mots, nous croyons que les béguines ont inventé un art d’habiter fondé sur un équilibre entre :

-- les valeurs personnelles (par exemple la liberté) et les valeurs communes (par exemple la solidarité),
-- le singulier et le pluriel, la proximité et la distance, par un agencement architectural harmonieux entre l’espace privé (qui respecte l’intimité) et l’espace public (qui favorise la convivialité).

                Les conditions d’application de cette formule d’équilibre sont à établir et à préciser dans chaque expérience. Comme dans le passé, un béguinage ne sera pas l’autre. L’expérience de Louvain-la-Neuve et celle de Bruxelles le démontrent comme plus généralement pour tous les habitats groupés (qui sont des bouteilles à vin variant selon leur contenu, c’est-à-dire la motivation de leurs habitants). Mais il y a des facteurs communs qui paraissent incontournables.

                Chaque réalisation comporte nécessairement une dimension matérielle et une dimension immatérielle (sinon, on ne peut parler que de techniques et pas d’un art). A quoi bon regrouper des briques si cela ne correspond pas à des intentions, à des motivations, à des accords avouables.

                C’est la dimension spirituelle qui manque le plus souvent. Bien entendu, il faut entendre spirituel dans son sens large, pas nécessairement religieux.

                Quand on dit que les Belges ont une brique dans le ventre, on reste dans la technique, mais on souligne aussi notre tendance à passer trop vite à l’acte sans assurer nos fondements, au risque d’implanter n’importe quoi n’importe où, sans prendre en compte l’environnement humain, les aspirations et les vécus des habitants.

                Réaliser un habitat groupé favorable au vivre ensemble, c’est investir dans le complexe et le multiple et donc un tel projet mobilise plus de rigueur et d’énergie avant, pendant et après, que la réalisation d’un simple logement.

                De nombreuses informations prises sur des projets réalisés ou en gestation m’ont convaincu que plus le projet a été discuté et mis au point avec les futurs habitants, plus les chances de traverser la durée dans de bonnes conditions sont grandes. Bien sûr, ce genre de projet de vie reste une aventure permanente car l’équilibre oblige les acteurs à bouger, mais ils bougent d’autant plus volontiers que le paysage se déroule dans la paix et la joie.

                L’intergénération contribue à l’enchantement en même temps qu’à l’aventure à condition qu’il ne soit pas un slogan proclamé uniquement lors des années internationales sur le vieillissement. En effet, si l’habitat groupé n’est qu’un refuge pour préserver la sécurité, le confort et l’avoir de ses habitants, si le vivre ensemble est trop sélectif, il sombre rapidement dans la secte ou le ghetto. Au contraire, si les différences sont multipliées sans précaution, si l’improvisation et la démagogie règnent avec l’arbitraire, l’espoir de progresser dans la durée finit par s’écrouler pour faire place aux tensions, aux découragements, aux exclusions.

                C’est aussi une question d’équilibre, car naturellement l’intergénération existe dans les aspirations humaines. Si les modèles familiaux se diversifient, c’est que les générations elles-mêmes se multiplient et se dissolvent. Donc le rêve d’une sorte de famille et de l’appartenance tribale existe bien dans le secret des cœurs, mais il n’implique plus nécessairement les possibilités de partager les mêmes locaux et les mêmes horaires.

                L’exemple des habitations voisines d’aéroports illustre bien les précautions à prendre pour ne pas imposer le martyre aux habitants qui ont des rythmes et des motivations incompatibles avec le trafic aérien. L’habitat groupé implique cependant des contraintes qui dépassent le simple voisinage. Il demande davantage d’attention et de respect des autres et même l’intention fondamentale de lier son propre bonheur à celui des autres. Il ne peut développer une qualité de vie que si j’accepte, a priori, non seulement d’être limité par les autres, mais aussi de prendre des initiatives pour qu’ils soient heureux.

                Dans le vivre ensemble, ce qui est le plus difficile à vivre, et donc ce qui demande un plus long apprentissage, c’est l’acceptation des différences et des complémentarités. C’est vrai pour l’âge mais aussi pour le langage, la culture, la couleur de peau, la mentalité... C’est pourquoi, dans la charte qui définit le projet de vie de notre petit béguinage, nous avons inscrit en même temps la liberté, l’égalité et la fraternité -- c’est-à-dire les valeurs qui fondent les droits humains -- mais aussi les énergies qui permettent de les développer, notamment la spiritualité et, en ce qui nous concerne, l’Evangile.

                L’habitat groupé est parfois présenté comme une alternative aux maisons de repos et de soins. Je ne le crois pas personnellement. La plupart des personnes de mon âge et même celles du quatrième âge aspirent à rester chez elles jusqu’au bout. Mais pour le faire dans de bonnes conditions, l’habitat groupé mérite d’être développé et encouragé par une politique qui stimule les citoyens à s’associer pour construire les cités de l’avenir.

                L’apport créatif des aînés leur est acquis d’avance car ils sont pressés de mettre leurs aptitudes, leurs compétences et même parfois leurs ressources financières pour réaliser leurs rêves. On peut présumer en outre que l’habitat groupé peut devenir un laboratoire d’une société plus conviviale : l’ouverture aux autres, vécue et désirée comme un enrichissement personnel et réciproque s’étendra par contagion aux voisins que l’on n’a pas choisis.

                Une utopie, me direz-vous? Oui, mais elle peut s’apprendre, dans des initiatives citoyennes à taille humaine, où se pratique chaque jour l’hospitalité de l’autre. L’urgence d’une démocratie fraternelle et planétaire est l’utopie du vingt-et-unième siècle, proclame Jacques Attali dans « Fraternités », un livre récent qui esquisse un vivre ensemble planétaire pour l’avenir de nos petits-enfants.

Pierre Huvelle
Document : le Béguinage de Lauzelle

Le Béguinage de Lauzelle en Belgique  (initiateur du projet Paul Huvelle) Un bel exemple de résilience sociale, composé de sept petites maisons typique de la ville universitaire, une expérience rare d'habitat groupé où des retraités sont réunis autour des valeurs de l'Evangile. Le Petit Béguinage de Louvain la Neuve ouvre la voie en 1995, suivi trois ans plus tard par le Jardin du Béguinage à Etterbeek. Il s’agit là de petites maisons indépendantes dont les habitants se sont associés afin de poursuivre ensemble un projet de solidarité et de progrès spirituel. asbl «Fraternité Paix et Joie » Création en 1995, après 10 ans de réflexion et de travail. 1348 Louvain-la-Neuve - Belgique

http://agora.qc.ca/documents/intergeneration--le_beguinage_de_lauzelle_par_paul_huvelle

 

 

Les béguinages

Le terme de béguinage peut désigner soit une communauté autonome de religieuses (les béguines), en particulier en Europe du nord, soit un ensemble de bâtiments intégrés, généralement construits autour d'une cour arborée, hébergeant une telle communauté, et comprenant non seulement les installations domestiques et monastiques, mais aussi des ateliers utilisés par la communauté, et une infirmerie

http://fr.wikipedia.org/wiki/B%C3%A9guinages_flamands

Les béguinages pour retraités : spécificités belges et du nord de la France - La dimension religieuse qui leur était traditionnellement attachée a disparu mais certains ont conservé une vocation sociale dans leur nouvelle affectation. Des personnes âgées, désireuses de garder leur indépendance tout en bénéficiant d’un cadre de vie sécurisant, sont les nouveaux habitants de certains béguinages.

 

Vivre en Béguinage - accompagner les projets de béguinages - 1er béguinage Le cloître Saint-François d’Assise à l’évêché de Perpignan pour installer le premier Béguinage, une résidence de 14 logements conçue pour « Vivre et vieillir ensemble, dans un projet spirituel et fraternel » - choisir de vivre sa Foi - choisir une vie fraternelle - choisir de rester aux commandes de sa vie jusqu’à la fin - une alternative aux maisons de retraite - Ouverture au quartier et aux autres - Préservation des bâtiments religieux
http://vivre-en-beguinage.fr/

Le béguinage de Perpignan en France ! vieillir ensemble, de façon solidaire, fraternelle et spirituelle. La résidence est implantée à côté de l'église Saint-François d'Assise, dans un ancien couvent de capucins. Le cloître Saint-François comptera 16 appartements

http://www.vivre-en-beguinage.fr/beguinage/beguinage-de-perpignan.html


Ecole sagesse - Communauté apostolique et monastique - La ferme du béguinage - Les Poustinias sur le Chemin de Compostelle hospitalité aux pèlerins et marcheurs. Marcigny proche de Roanne, Lyon, Le Creusot
http://ecolesagesse.free.fr/

 

 

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Les béguines ou Vivre autrement… pour femmes

 

par Sonia J. Fath 


Je suis partie à la recherche des béguines.
Les béguines – qu’est-ce que c’est ?
Le petit Larousse 1999 mentionne sous béguine : femme d’une communauté religieuse chrétienne où l’on entre sans prononcer de vœux perpétuels, notamment aux Pays-Bas et en Belgique.
Les béguines disent d’elles-mêmes : femmes hors du conformisme vivant sur la base d’une version moderne d’anciennes traditions de béguines décrites ci-après.
Les béguines étaient des femmes spirituellement et économiquement indépendantes qui vivaient au Moyen Age et qui organisaient leur vie de façon communautaire. Elles vivaient en groupes, petits et grands, dans des maisons ou des fermes de béguines et ne se soumettaient à l’origine à aucun diktat. Elles arrivaient à obtenir leur indépendance économique en intégrant leurs possessions, leurs dotes, leur savoir-faire, leurs connaissances et leur travail.
Les béguines étaient actives dans tous les corps de métiers. Elles écrivaient, enseignaient, soignaient et s’occupaient de mourants. Dans le pays de Thuringe (ex-RDA), elles se consacraient particulièrement à la fabrication d’étoffes, à la teinture, au commerce et aux travaux sociaux. Selon les documents des archives urbaines, il y eut au moins neuf fermes de béguines à Erfurt lors de la période de gloire entre le 12e et le 14e siècle. Les succès économiques et la grande renommée firent jaillir la jalousie des corporations, la vie anticonformiste provoqua la méfiance des Eglises (et le comportement des Eglises a provoqué la mienne). Les travaux manuels leur furent défendus, de nombreuses béguines ont été déclarées être des sorcières, poursuivies et brûlées. Les fermes de béguines furent intégrées à des couvents ou dissoutes.


Les béguines d’aujourd’hui
Sur la colline de 500 m de hauteur près de Tännich, respectivement à 30 km au sud de Erfurt et de Weimar, l’année 1998 a vu la naissance d’une ferme de béguines moderne où des femmes de tous âges, avec ou sans enfants, aux possibilités financières diverses, peuvent vivre en communauté et prendre des responsabilités. C’est le premier centre actif en Allemagne. Il est dirigé par des femmes de grande expérience du féminisme en Thuringe et du monde de l’économie. Les possibilités sont des créations d’entreprise dans le domaine manuel, social, gastronomique et de l’enseignement.
Ce centre de béguines est également un lieu de retraite et de protection pour des femmes et leurs enfants. Elles trouveront ici, à côté de moyens de se ressourcer, des vacances, de la détente et une cure de leurs expériences de violences patriarcales.
Des possibilités de rencontre pour toute femme intéressée sont données le dimanche entre 15h00 et 17h00 autour d’une tasse de café dans la salle pendant les mois de l’été, et de juin à octobre au café-terrasse.


Le nom de la ferme
Nous avons donné le nom de "Lieselotte" à notre ferme, afin d’honorer Lieselotte Pohl, née Henn, 1908 – 2000. Sa fille qui s’engage pour la reconnaissance politique du travail en faveur des femmes, a corroboré les travaux de sa mère par des données chiffrées et a fait don d’une certaine somme d’argent en honneur à sa mère et pour acheter la ferme à Tännich.
La journée annuelle de la fondation est fêtée le 3 novembre : c’est le jour de l’enterrement de Lieselotte Pohl et le jour de la décapitation d’Olympe de Gouges en 1793 qui dès 1789 avait lancé que si les femmes avaient le "droit" de monter à l’échafaud, elles avaient également le droit de monter à la tribune.
Cette fondation doit contribuer à ce que les femmes aient accès à la tribune et qu’elles le gardent, que les femmes obtiennent la reconnaissance publique de leurs idées, de leurs propres façons de vivre et de leur travail.


Sentiment d’appartenance
L’acceptation de nouvelles béguines se fait chaque année le 2 août, la fête des coupeuses de blé. L’assemblée des béguines se réunit ce jour-là pour écouter les femmes qui veulent rester dans la ferme, celles qui veulent partir et celles qui veulent venir. Les femmes qui veulent habiter la ferme des béguines peuvent émettre leurs vœux à tout moment, elles peuvent déjà venir habiter à la ferme pendant quelques temps pour faire connaissance et prendre leur décision le 2 août.
Par ailleurs, cette date sert à revoir l’année écoulée et les projets pour l’année suivante.
Description de la ferme
La ferme des béguines est un groupe de bâtiments sous protection historique des monuments qui ont environ 200 ans. Elle se trouve dans le village de Tännich près de Breitenheerda (entre Rudolstadt et Dienstedt) aux abords de la forêt de Thuringe, entourée d’un grand nombre de plantes rares et d’animaux. Le calme et l’éloignement permettent un maximum de concentration et de créativité, le séjour au milieu de la nature procure en même temps relaxation pour le corps, l’âme et l’esprit. La ferme des béguines comprend quelques prairies, une forêt, un parc, une piscine, un jardin, une spirale d’herbes dans la cour intérieure, un labyrinthe en construction et au moins 2.500 m² de surface habitable et utile, y compris les chambres d’hôtes.


Financement
Afin d’incorporer la ferme des béguines entièrement à la fondation et de la garder ainsi de manière durable aux mains des femmes, afin de la rénover selon des critères de biologie de la construction, nous avons encore besoin de capital.
Nous prions toutes les femmes qui lisent ces lignes de profiter de l’occasion et de s’assurer par des dons et des accroissements de capital de la fondation la place qui leur revient au sein de la "communauté des béguines sages". C’est une ronde de dames d’honneur qui changent le monde grâce à leur sagesse et qui seront honorées chaque année par la fête de la fondation.
 

 

 Contact pour envoyer votre contribution:  < lreyam <(at)> gmail.com >(fichiers word, pdf, , textes, images, vidéos, références, contacts, bibliographie, lien ... )Précisez bien la page (titre, dossier, adresse URL via "Propriétés" dans votre navigateur)
 

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