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18-12-2014  

Les pratiques économiques radicales

Appel à contribution

de Zanzara athée [zanzara @@@  free.fr]  29 septembre 2002 ... Salut à vous

Nous sommes un certain nombre de gens à nous engager dans des luttes sociales, libertaires, révolutionnaires, contre le système économique capitaliste. Nous sommes un certain nombre, parmi ce nombre, à considérer que ces luttes vont de pair avec des constructions concrètes et quotidiennes d'alternatives à ce système. Et, notamment, avec des expérimentations de logiques d'échange différentes, en opposition aux principes de profit, d'accumulation, de méfiance, d'exploitation, de consommation, qui bouffent notre société. Cet appel à contribution voudrait faire le point, ou faire un point, précisément sur ces expérimentations, et sur les débats qui tournent autour. Comment faisons-nous pour libérer nos vies des carcans du capitalisme ? Comment faisons-nous pour nous désinsérer de ses mécaniques, pour contribuer à les détruire ?

 

Le sujet est large. Il pourrait déjà être divisé en trois parties. La première concernerait nos moyens de subsistance, dont le sens peut dépasser la simple débrouille. Comment faisons-nous pour survivre sans être esclaves du marché, ou en l'étant le moins possible ? Trouvons-nous le salariat acceptable, acceptable de temps à autre, ou inacceptable ? Choisissons-nous, tant qu'à gagner de l'argent, de vivre de nos activités aimées, par exemple de notre engagement politique (libraires, permanent-e-s dans des associations, etc.) ? Ou nous semble-t-il contradictoire et coercitif d'adapter ces activités aux exigences du marché, du salariat ? Si nous rejetons le travail, de quoi vivons-nous à côté ? Considérons-nous le R.M.I. et ses acolytes comme des programmes d'assistanat à pirater, ou comme des compromissions à même de nous endormir ? La récup est-elle une pratique subversive en tant qu'elle profite du gaspillage inhérent au capitalisme, ou nous confine-t-elle finalement dans une certaine dépendance, dans un profil bas devant le système, dont nous nous contentons des miettes ? Le vol est-il une légitime défense face au capitalisme, ou même une forme d’offensive ? Ou ne l'atteint-il aucunement, rejoint-il même un principe de consommation ? Quelles astuces trouvons-nous pour éviter d'acheter ce dont nous avons besoin ? Redéfinir dès maintenant ses besoins matériels à la baisse, est-ce un cheminement vers une conscience écologique et sociale ? Vers une capacité de répondre nous-mêmes à ces besoins, de casser notre dépendance à un appareil de production aliénant ? Ou est-ce une abdication devant une société qui produit de l'abondance, qui l'étale devant nous en même temps qu'elle nous l'interdit ? Et qu'en est-il de labourer la terre, de chercher l'autonomie alimentaire, énergétique, etc. ? Cette autonomie est-elle à portée de main dès aujourd'hui ? Ou nécessite-t-elle un tel effort qu'elle nous ramène à des logiques de travail, de spécialisation, qu'elle accapare nos forces et notre temps sans leur laisser d'autres activités ? Bref, salariat, assistanat, récup, vol, auto-subsistance, lesquelles oui, lesquelles pas trop, pourquoi et comment, et quelle articulation trouve-t-on entre les unes et les autres ? Quels moyens de subsistance nous semblent amener le plus de liberté et de cohérence ? Lesquels supportons-nous, lesquels refusons-nous, lesquels construisons-nous ?

Voilà pour l'une des deux parties. 

L'autre pourrait concerner les différents modes d'échange que nous tentons et construisons concrètement dans nos relations. Quelles logiques appliquons-nous en réaction, en création, face aux rapports marchands ? Parvenons-nous à construire d'autres logiques d'échange, déjà entre gens de sensibilité politique proche et radicale ? La vente directe (d'agriculteurice à mangeureuse) est-elle déjà une pratique radicale dans la mesure où elle court-circuite le maillon et le rôle du marchand ? Qu'est-ce que l'argent ? Est-il un outil utilisable à des fins révolutionnaires ? Ou porte-t-il en lui-même une logique économique qui contredit et affaiblit nos projets et nos constructions ? Comment brassons-nous l'argent ? Arrivons-nous à nous en passer complètement ? Quand il nous en faut, où allons-nous le chercher, et comment ? Par exemple, préférons-nous instituer un prix fixe  ou un prix libre ? Le prix libre marche-t-il dans telle ou telle circonstance, son sens politique est-il compris par le " public " ? Arrive-t-il à casser les velléités consommatrices ? La gratuité va-t-elle plus loin dans la remise en cause des logiques capitalistes ? Comment, avec qui l'appliquons-nous, sur quels types d'échanges ? Tenons-nous une comptabilité de nos coups de main les un-e-s aux autres ? Si oui, pourquoi  ? Si non, les choses marchent-elles sans à coups, sans rancunes ? Avons-nous besoin de reconnaissance comme salaire minimum de nos services mutuels ? Comment gérons-nous et échangeons-nous notre activité (notre travail ?) dans les collectifs ? Le principe du don arrive-t-il à se généraliser, ou celles/ceux qui donnent sont-il-elles condamné-e-s à n'être que des bonnes poires, même dans " nos " milieux ? Les espaces de gratuité, les bourses aux vêtements gratuits, fonctionnent-ils ?

 

Il pourrait enfin y avoir une troisième partie, qui se centrerait sur les questions de l'individualisation ou de la collectivisation des biens. Dans une maison collective, comment gérons-nous l'argent ? Quel système de participation financière à la vie collective choisissons-nous d'appliquer ? Un système de cotisations fixes, ou libres, ou proportionnelles aux moyens de chacun-e ? Que faisons-nous quand il y a des inégalités économiques entre les habitant-e-s ? L'argent reste-t-il une affaire intime, privée, individuelle, inter-individuelle ? Ou le collectif s'en mêle-t-il en tant que collectif, aide-t-il financièrement l'individu en son sein, collectivise-t-il l'argent gagné individuellement, gagne-t-il de l'argent collectivement ? Qu'est-ce qui freine nos démarches collectives sur ce plan ? Arrive-t-il que des comportements soient taxés de parasites  ? Quand, pourquoi ? Et comment dépensons-nous l'argent collectif ? Comment arrivons-nous à distinguer les besoins collectifs, qui mériteront des dépenses collectives, et les besoins qui devront être assumés individuellement ? Enfin, comment gérons-nous les objets ? Appliquons-nous l'idée de la propriété d'usage ? Collectivisons-nous tout ce que nous pouvons ? Que deviennent les objets collectivisés : y apportons-nous autant de soin qu'à nos biens personnels ? Quels rapports entretenons-nous avec nos biens, nos créations, nos écrits, comment sortons-nous de la propriété privée, de la propriété intellectuelle ?

 

Toutes ces questions paraissent sans doutes énormes et nombreuses. Mais comme elles sont toutes liées, comme notre approche anticapitaliste se veut globale, il était important de les réunir ici, et encore, sans doute beaucoup ont été oubliées (rajoutez-en !). Peut-être faudra-t-il plus d'une brochure, ou plus de dix, pour couvrir tous les sujets proposés. Peu importe : lançons-nous, allons-y comme nous pouvons, répondons à une seule question si elle nous inspire, ce sera déjà bien... Ecrivons seul-e-s ou à plusieurs, après débat ou sondage dans notre collectif, comme il nous plaira. Ecrivons par mots ou par bulles, amusons-nous. Signons ou ne signons pas, simplement oublions tout copyright. On peut même envoyer des documents dénichés loin de chez nous, pondus par d'autres gens. Envoyons des plaidoyers et des grandes théories si nous le voulons, mais n'oublions pas que ce qui peut être intéressant ici, c'est la confrontation avec la pratique et le quotidien : nos grandes théories économiques, comment les appliquons-nous, y arrivons-nous, où pêchent-elles, qu'est-ce qui nous manque pour les atteindre, ou pour les enfreindre ? Une échéance ?... Décembre 2002, ça ira ?

 

Appel à contribution autour des pratiques économiques radicales Iosk éditions / Squat des 400 Couverts / 10 traverse des 400 Couverts / 38000 Grenoble iosk@@@ inventati.org

 

 

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