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Maison à Patio, maison à cour, maison été-hiver

Maisons de bassin méditerranéen

Par Joan Salvat-Papasseit

 

Source : http://www.meda-corpus.net/libros/pdf_livre_atm/atm_frn/02-atm_frn.pdf 

http://www.meda-corpus.net/libros/pdf_livre_atm/atm_frn/01-atm_frn.pdf 

http://www.meda-corpus.net/libros/pdf_livre_atm/atm_frn/00-atm_frn.pdf 

 

Extrait du livre "Architecture Traditionnelle Méditerranéenne"

Ce projet est financé par le programme MEDA de l'Union Européenne.

 

Maison élémentaire

Maison compacte/complexe

Maison à patio

Maison à cour

Maison à jardin

Maisons hiver/été

Maison et défense

Maison évolutive/définitive

Maison nomade/troglodytique

 

Extraits :

 

MAISON A PATIO

Depuis l’Antiquité le patio apparaît ou se transfère dans toutes les grandes civilisations méditerranéennes. En effet ce west ed-dar (le centre de la maison) des peuples arabo-musulmans a déjà centré la maison en Mésopotamie, en Egypte, en Phénicie, en Etrurie, chez les Grecs et les Romains (dont la domus, probablement déjà héritière de synthèses indo-européennes, laissera l’influence de son code dans le Moyen-Âge tant latin qu’arabo-musulman)... Patio qui a d’ailleurs été une référence de tout premier ordre pour les grands architectes du XXe siècle et que Mies van der Rohe notamment incorpore avec sagesse. Le parcours que chacune de ces maisons, à différentes époques, a fait pour y parvenir n’a pas été certes le même : peut-être depuis le iwan probablement anatolien pour les Etruriens, ou dans le sillage des millénaires maisons d’Ur pour la maison grecque à Priène. L’expression finale à laquelle chaque culture est parvenue pour exprimer ce coeur domestique a été aussi teintée de toutes les couleurs. Il reste cependant une même vocation, un même esprit, un même sentiment que les mots de Georges Marçais pour-raient nous faire approcher : « On est chez soi dans la maison, on est chez soi dans la cour, avec un morceau de ciel qui n’appartient qu’à vous. » Le patio ne cache rien, il met en valeur l’intimité et se connecte avec le ciel, le spirituel, le cosmos. Il défend l’intériorité autant que, dans l’Antiquité, il aidait à créer l’espace rassurant, domestiqué, dans un paysage aux mille horizons inconnus et toujours secoués.  

Les deux exemples ci-après, maison de la Casbah d’Alger et maison à Chefchaouen (Maroc), nous montrent deux traits importants. Dans le cas de la Casbah (1), la force de la tradition et des moeurs locales où, bien que l’on puisse retrouver des traces et gestes turcs, c’est le local qui l’emporte au moment de modeler la maison qui, sous la contrainte d’espace du site, grimpe avec grâce et singularité vers le ciel. Dans le cas de l’exemple du Maroc (2), cette architecture que l’on pourrait appeler d’aller et retour, transitant entre le Maghreb et l’Andalousie, nous montre, harmonieusement composées, couplées jusqu’à quasiment se fondre, toutes les traces de ces riches métissages méditerranéens.

 

MAISON A COUR

Ce n’est pas un hasard si une langue précise comme le français n’a pas hésité à accueillir le mot patio pour nuancer cet écart, parfois très subtil, parfois très net qui existe entre cour et patio. On retrouve toujours la même vocation de confiner un morceau d’extérieur et de le rendre particulier, mais le résultat est nettement moins dense et certainement plus ambigu. Certains aspects déterminent et renforcent ces différences :  

– l’échelle qui déforme autant les matérialités (corps du bâti, bâtis/individus,... que les immatérialités (regards, voix,...),  

– la position parfois décentrée de la cour par rapport au bâti (ce qui complique, voire empêche, la relation d’égalité et d’équilibre entre les différents espaces et individus),  

– la présence d’une clôture (c’est-à-dire l’absence de la continuité du mur à habiter, comme Hassan Fathy définissait les pièces entourant le patio),  

– la promiscuité et la quantité des activités (agricoles, productives) qui s’y déroulent comme celle des individus (personnes, animaux) qui y cohabitent (ce qui génère une modulation toute différente et singulière),  

– et finalement le traitement de cet espace, du point de vue de sa composition comme de sa texture.  

La cour, aussi bien dans l’exemple de la ferme à Chypre (1) (où la clôture, plus que le bâti, devient décisive pour dessiner la cour) que dans la maison en Jordanie (2) (maison à cour quasi-patio), reste une expression très commune dans toutes les régions et un geste sans équivoque de la volonté d’apprivoiser l’extérieur et de récréer un espace propre. Même dans les constructions légères, également dans les nomades, ce besoin se manifeste et diverses solutions sont mises en oeuvre pour y satisfaire. La cour reste certes l’évolution du geste primitif que tout homme essayait, à l’aide de quelques cailloux, branches,... pour rendre personnel un morceau de l’anonyme espace total. 

 

MAISON A JARDIN

Malgré les pluies maigres et irrégulières de beaucoup de zones du Bassin aux paysages souvent assoiffés, le jardin, les arbres, les fleurs et l’exubérance de couleurs et parfums domestiqués ont été depuis l’Antiquité associés à l’habitat méditerranéen de façon plus ou moins excellente ou discrète. Depuis les jardins de Babylonie, que les Grecs considérèrent comme l’une des Sept Merveilles du monde, en passant par les jardins tant parfumés que productifs de la maison égyptienne, par ceux accolés au péristyle romain ou par les grands jardins des villas d’été des pachas ou des raïs dans le Maghreb, la maison méditerranéenne apprivoise d’abord l’espace, puis le Méditerranéen y répand couleurs et arômes. L’économie traditionnelle trouve dans ce jardin, souvent plus grand en surface que la maison, la jouissance, une efficace régulation bioclimatique, mais aussi sa survie. Des légumes, des végétaux, des plantes qui guérissent et toujours des fruits étoffent et complètent cette oasis particulière. 

La maison à jardin de Mugla, Turquie (1), ci-après, et en général la maison turque déclinent parfaitement cette notion de jardin complet dans ses fonctions et généreux en beauté et en exubérance. La maison s’élance sur le jardin à travers son sofa qui ouvre la maison tous azimuts sur celui-ci. Ce n’est sûrement pas un hasard si c’est en Turquie que cette maison à jardin, qu’elle soit modeste ou noble, s’exprime avec plénitude. Les influences des civilisations situées au-delà de la Méditerranée orientale n’y sont pas pour rien. Les jardins de soie des tapis, les beaux carrelages floraux ou les miniatures coloriées des livres médiévaux perses, où la maison à jardin représente le « paradis », nous indiquent une source généreuse. Soliman le Magnifique, sous la direction de qui une remarquable synthèse des traditions turques, islamiques et européennes a été produite par ses artistes et penseurs, écrivait : « ... si tu espères être admis au jardin du Paradis pour y trouver l’amour et la grâce. »  

 

 MAISONS HIVER/ETE

« L’été, la tente est trop chaude, les flij donnant de l’ombre mais n’arrêtant pas la chaleur. Aussi les semi-nomades la plient et lui préfèrent une hutte légère faite de diss sur une carcasse de branchages, le khoçç. Ainsi avons-nous rencontré près de Bir Amir 17 khoçç de la fraction des T rarma installés là au mois d’août, alors que nous les avions trouvés vingt kilomètres à l’est et sous la tente, fin mars. » Ces quelques lignes d’André Louis illustrent richement cette minutieuse adaptation de la maison méditerranéenne aux saisons mêmes. Depuis l’Antiquité, nombre de documents ont décrit la maison d`été, la maison de campagne, souvent contrepoint des mondes rural et urbain. Pline écrivait dans ses Epistolae : « ... Pas de protocole, pas d’impertinents à la porte, tout est tranquille et calme, la bonté du climat rendant le ciel plus serein et l’air plus pur, je sens mon corps plus sain et mon esprit plus libre... » Bien que très loin du cadre luxueux de Tusci décrit par l’historien romain, les exemples de Ghardaïa en Algérie (1. 2.) et de Sfax en Tunisie (3. 4) nous ramènent aussi à une ambiance où le calme, la jouissance et un certain relâchement des moeurs et de la rigidité urbaines sont fortement présents et rendent le moment de cette transhumance saisonnière attendu et désiré.  

 

Notons dans le cas de Ghardaïa la déformation que subit le plan de la maison d’été. Installée en plein coeur de la palmeraie, que les mozabites ont créée en faisant pousser depuis le premier jusqu’aux plus de sept cent mille palmiers actuels, la maison s’adapte et surtout se profile à travers ces palmiers en les respectant, les intégrant souvent dans le patio. Ils deviennent ainsi des habitants à part entière, chéris et gâtés.  

Dans le cas de Sfax, la maison d’été, en campagne, loin de la protection de la médina et dans ce cas de ses remparts rassurants, prend elle-même la forme d’une forteresse. Son nom en arabe, bordj, renvoie à cette idée de fortification. Son volume compact, ses façades quasiment closes autant que ses franchissements voûtés définissent sans ambiguïté cette idée. Dans les deux cas, bien que porté à la surface minimale, le patio reste omniprésent.  

 

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Logement individuel Habiter demain dans des modules d'architecte choisis sur catalogue ?

par Julien Brengues

 

Habiter demain dans des modules d'architecte choisis sur catalogue ?

Quelles sont les évolutions plausibles et prévisibles pour la maison individuelle ? Julien Brengues, jeune architecte de l'Hérault, avait choisi pour son diplôme un sujet casse-cou : maison individuelle et densité. Ses réponses – habitat modulaire, industrialisation, notamment, sont également risquées. D'où leur intérêt.Comment construira-t-on demain ? Mutation des modes de vie, nouveaux usages de l’habitation, évolution des pièces de vie, nouvelles techniques de construction et développement durable sont autant d’évolutions déjà observées, et qui devraient profondément transformer le secteur du bâtiment. Or, on constate une réelle inertie de celui-ci malgré des recherches incessantes par des organismes tels que PUCA ou Europan sur les nouveaux modes d’habiter et de produire la maison, et sa production ne cesse de stagner.

Cette immobilité commence même à être assez dérangeante, surtout si l’on observe le décalage entre les modes de vie de notre société en éternelle mutation et les lieux de vie de la population.

 

REPENSER LA MAISON

Concevoir un projet de maison adapté à un moment donné, mais surtout pouvant évoluer et se modifier avec la famille est primordial. La maison d’aujourd’hui et de demain doit pouvoir s’ajuster aux différentes étapes de la vie familiale. Elle est donc un espace destiné à croître, se modifier et doit également posséder un fort potentiel d’appropriation et de maîtrise des espaces.Très en vogue dans beaucoup de pays tels que les Etats-Unis, le Canada ou la Suisse et l’Allemagne, le logement préfabriqué et modulaire fonctionne particulièrement bien. De nombreux exemples existent et leur utilisation se banalise. La mise en place de sites Internet et de catalogues permet une grande diffusion et une construction facilitée de ces modules. Le grand inconvénient de ces typologies est l’idée d’espaces figés et très restreints provoqués par ces volumes d’habitation.Le concept de modules servirait alors de volumes intégrant soit les espaces de communs (cuisine, WC, salle de bain, dressing…), rangements (garage, atelier, buanderie…), les espaces privés (chambres, dressing, salle de bain, bureaux personnels…), les espaces de travail (bureau professionnels, atelier…) ou les espaces de loisirs (salle multimédia, home cinéma…). Les lieux de vie seraient alors les espaces interstitiels entre les modules. Ces nouveaux lieux ont une relation privilégiée avec l’extérieur car ils se trouvent être eux-mêmes en dehors des modules.La conception d’un catalogue comprenant des volumes pensés pour une situation donnée (module nuit, enfants, bureau, service, voiture) et d’un système constructif les accueillant est une solution alternative et possible. Celui-ci permettrait de choisir, changer et ajouter de nouveaux espaces tout au long de la vie du bâtiment.

 

A LA RECHERCHE DE DENSITE

La seule alternative à l’étalement urbain est sans aucun doute la densité. Mais cette densité a plusieurs facettes, du logement collectif à la maison en bande. Or, aujourd’hui, nous savons que le tout collectif n’est pas envisageable, de part l’envie des futurs acquéreurs mais aussi par les problèmes générés par les grands ensembles. A ce jour, nous sommes à la recherche de densité mais les règlementations urbaines mises en place bloquent énormément la densification du logement individuel.En effet, le fait de pouvoir développer en limite de parcelle permettrait des espaces de type patio au cœur même des espaces bâtis. De plus, les constructions basses ne dérangent en aucun point le voisinage, bien au contraire, elles permettent de créer des espaces tampons entre elles. Comment convaincre les futurs acquéreurs du bien fondé de la densification malgré un terrain plus petit et un logement plus proche voire accolé au constructions voisines ?Si l’on observe le fonctionnement d’une parcelle de maison individuelle, on peut voir que l’utilisation de celle-ci n’est pas complète. En effet, que se soit le fond ou les côtés du terrain, ils sont peu, voire pas du tout, exploités, donc inutiles et consommateurs d’espace. Proposer une habitation utilisant chaque mètre carré du terrain, jusqu’à dire que l’on habite totalement la parcelle peut être un atout important. Cela voudrait donc dire que la maison et son terrain ne font qu’un, que le séjour et le jardin ne forme qu’une seule et unique pièce à vivre…Cette typologie de lotissements denses situés en zone urbaine couvre environ le tiers, voire la moitié, de la ville compacte. Celle-ci se perdra avec les nouveaux moyens de transports et de télécommunications qui offriront la possibilité d’acheter plus loin, plus grand et moins cher. Cette manière d’habiter en profondeur de la parcelle et cette nouvelle typologie de modules permet de proposer une même orientation à tous les logements et de créer un sens de circulation de l’espace public à l’espace privé. Plus on s’enfonce dans la parcelle, plus l’intimité se fait ressentir. La disposition des modules de rangements (garage...) et de services en continuité sur la rue permet de procurer une sensation de protection, alors que les modules chambres se retrouvent dans un espace intime en fond de parcelle.

 

CONSTRUIRE DIFFEREMMENT

On peut facilement s’apercevoir que l’homme a réussi à industrialiser pratiquement tous les produits et objets dont il avait besoin. Aujourd’hui, il lui manque seulement le logement.

L’industrialisation du logement permettrait sans doute, de faire baisser les coûts de construction d’une habitation mais aussi de réduire les temps de production de ce secteur.

De plus, cela peut également offrir une meilleure gestion à long terme du parc immobilier, en travaillant sur des bâtiments entièrement modulables, voire démontables et réutilisables, ou encore recyclables.

 

L’ECOLOGIE ET LE DEVELOPPEMENT DURABLE INCONTOURNABLES

Ce projet a pour obligation de se confronter aux questions de développement durable et d’écologie. Cela suppose des réflexions à deux échelles, une première sur le thème urbain et une seconde sur le bâtiment même.La notion de ville durable gravite aujourd’hui autour des idées de densité. En revanche, une forte densité engendre localement une congestion et une concentration de pollution atmosphérique, une minéralisation accrue du sol et une augmentation de température, voire une saturation de l’espace bâti qui peut réduire ses capacités d’évolution. La densité forte apporte donc des bénéfices à un niveau global mais crée des contraintes locales importantes.

 

Ce paradoxe nous invite à nous interroger sur les moyens d’atteindre la compacité souhaitée et sur la forme à lui donner. Fixer une densité élevée revient à n’offrir la possibilité de construire qu’à ceux qui ont des moyens financiers élevés, ce qui est contraire aux principes d’équité et de dynamisme économique.Le second thème doit s’appliquer à la construction en tant que telle. Toutes les questions sur les énergies passives et actives, les matériaux écologiques, l’impact sur le site ou l’utilisation de modules préfabriqués doivent être relevées.L’avantage incontestable de la préfabrication est le plus faible impact généré sur le site mais aussi l’optimisation en temps, qualité et finition de l’objet final. Les modules préfabriqués et autostables permettent de faire évoluer l’habitat sans pour autant produire de gros travaux, et de réutiliser les modules changés soit en les revendant, soit en les recyclant. Ceux-ci s’apparenteraient presque au même système de recyclage des automobiles, des frigos ou des téléviseurs. Des boîtes parfaitement isolées, additionnées à des éléments préfabriqués recherchant soit de l’inertie, soit une grande isolation permettraient de créer des espaces agréables et économes en énergie.

 

CONCLUSION

L’enjeu de ce travail reste très vaste car le secteur du bâtiment en général, et de la maison individuelle en particulier, génèrent beaucoup de questions aujourd’hui. Les nouveaux usages de la maison, l’évolution des pièces de vie, les mutations des modes de vie, les nouvelles technologies… n’ont de cesse de se confronter à un système relativement figé. En effet, les règlementations du marché de la construction ont tendance à bloquer toute évolution possible de la maison, ce qui induit une grande inertie dans le domaine de l’habitation individuelle.Une grande réflexion commune reste donc à mener, dans laquelle ces contraintes doivent être gommées ou modifiées afin de tester de nouvelles solutions. Si nous n’évoluons pas aujourd’hui, un énorme fossé va se creuser entre notre manière de vivre et notre lieu de vie.Ce travail de fin d’études avait pour but de relever ces questions, d’en faire une synthèse et de produire une ébauche de réponse plausible.

 


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