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24-07-2012  

La maison évolutive

 

Concept de maison évolutive - La maison au rythme des étapes de la vie

http://www.mikulas.ch/evolutiv.htm

La maison écologique basse énergie Maison Eco-Energie à moins de 100 000 Euros

http://www.maison-eco-energie.net/

Une maison évolutive sur pilotis à Colmar - 155 m2, 250 000 euros TTC

http://www.husser-architecte.fr/habitat/maison-individuelle-colmar.php

SHOTEL, la maison transportable Un SHOTEL n'est pas un Mobil-Home, encore moins un Bungalow un concept innovant dans l'habitat transportable évolutif, modulable - un puzzle à composer en fonction de chaque mode de vie, ou de ses rêves

http://www.maisontransportable.com/

Maison en bois 67140 Barr - L'habitation a été conçue avec la possibilité d'extensions futures en fonction des besoins dans le temps - 100m2 130 000 euros - Christophe Bulteau Architecte

http://www.abc-architecte.fr/pages/maisons/barr/index.php

 

 

La maison évolutive est une habitation conçue pour s’adapter à l’évolution d’une famille et ses besoins. Il est possible d’agrandir comme de réduire les espaces de ce type d’habitation sans avoir à intervenir sur la structure et de faire évoluer les pièces et leurs fonctions

 

" Le scénario est le suivant : un jeune couple, pas encore d'enfants, des moyens financiers limités. Pourquoi construire pour des besoins que l'on aura plus tard ?

On ne construira donc qu'une première étape, limitée aux besoins du moment : avoir un chez soi confortable, dormir, manger, recevoir des amis.

Au rez-de-chaussée, on fera un séjour (assez spacieux mais sans démesure), la cuisine, un WC pour visiteurs, Une entrée avec vestiaire et rangements.

Au premier étage, une mezzanine formant l'espace pour dormir, ouverte sur le séjour. Une salle de bains confortable.

Un sous-sol partiellement excavé contient la technique et un espace de rangement. Plus ou moins grand, suivant le budget.

 

Voilà pour le noyau de base.

Le temps passe. On attend la venue des enfants. Les finances se sont améliorées. On construit alors la deuxième étape, modulaire, prévue dès le commencement. Ou on fait différemment, parce qu'entre temps, les idées ont évolué. Mais de toute manière, la maison a été prévue pour grandir aisément. On ajoute alors, par exemple, trois chambres et une salle de bains supplémentaire, sur deux niveaux.

La mezzanine devient coin de travail. Ou de coin de jeux pour les enfants. Ou de chambre d'amis.

Troisième étape de la vie. Les enfants ont grandi et quittent le nid. La maison est à nouveau trop grande. Alors on l'adapte à nouveau, en construisant une troisième étape. Cette étape comprend un deuxième noyau d'habitation similaire au premier, avec un séjour, une cuisine, un espace ouvert sur deux niveaux. On attribue alors les chambres qui ne sont plus très utiles à la deuxième habitation, que l'on loue ou vend. Ou on y fait habiter les enfants devenus grands.

Le cycle de la maison a donc suivi le cycle de la vie de ses habitants.

La seule condition était dès le départ d'avoir un terrain assez grand pour réaliser tout ce qui est décrit plus haut.

Source: Tomas Mikulas architecte

 

Association Membrane - L'habitat Autrement ...  l'architecture légère -un groupe d'hommes et de femmes passionnés depuis longtemps par les constructions légères, tendue et gonflée. Le but de l'association MEMBRANE est vaste et ambitieux : promouvoir une autre façon de construire, de vivre et de s'épanouir. Pour ce faire l'action de MEMBRANE s'articulera essentiellement autour de la démocratisation de la construction légère, écologique et renouvelable.

http://association-membrane.eu/

 

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L'habitat évolutif : du mythe aux réalités

http://www2.urbanisme.equipement.gouv.fr/cdu/datas/docs/ouvr12/chap4.htm 

 

L'évolutivité du logement ne se conçoit pleinement que dans le domaine de l'habitat collectif. L'évolutivité, au sens large (évolutivité après-coup) paraît une caractéristique tellement présente dans l'univers de la maison individuelle que l'on est tenté d'approcher la notion à l'envers, en essayant de trouver des exemples d'habitat individuel qui ne soit pas susceptible d'extensions, réaménagements et modifications de toute sorte. Grosso modo, comme le fait apparaître de façon incontestable l'examen de l'habitat vernaculaire, la maison a toujours été construite soit avec des matériaux légers, soit au contraire avec des matériaux susceptibles de braver l'éternité. Dans cette dernière catégorie, on trouve essentiellement des fermes fortifiées, des châteaux-forts, des blockhaus, et toute l'architecture militaire, qui est évidemment rigide et difficilement évolutive, sinon par une évolutivité à cycle très long (des forteresses construites et reconstruites sur mille ans). Mais cela nous éloigne des pavillons.

 

Qu'en est-il de la maison individuelle évolutive au sens moderne? En 1931, Martin Wagner propose une maison agrandissable dans le cadre d'un concours à Berlin (Das wachsende Haus), dont le programme exigeait des "maisonnettes transformables, c'est-à-dire des maisonnettes d'un noyau de 25 m2 de surface habitable, dont la disposition et la construction permettaient d'ajouter au cours des années, selon les besoins de la famille, de nouvelles unités jusqu'à obtenir une petite maison de 80m2 pour une famille."58

 

Ces dispositions du programme obligèrent les concurrents à penser en termes d'évolutivité dans le temps, sans trop grands changements du noyau de 25 m2, dont les éléments devaient pouvoir être réutilisés lors de l'agrandissement ultérieur (le projet de H. Scharoun prévoyait déjà la participation des habitants).

 

Cette maison (entourée prophétiquement de serres pour les économies d'énergie...) fut critiquée au plan social: elle rendrait nécessaire la nationalisation du sol et sa redistribution, ainsi qu'un accroissement du pouvoir d'achat du consommateur et surtout 80% d'éléments préfabriqués à monter à sec, qui allaient éliminer beaucoup de corps de métier...59

 

Citons aussi la "maison démontable en bois" de E.D. Menkès, comprenant sept phases de construction.

A cette époque, ces architectes mirent au point des plans extrêmement souples, permettant l'extension et la transformation des constructions individuelles proposées.

 

Mais ce ne sont pas seulement des arguments techniques qui déterminent les solutions adoptées; une nouvelle philosophie de la construction souple et éphémère voit le jour: "En dehors des arguments techniques, les considérations d'ordre idéologique militent pour les constructions rapidement amortissables, donc d'une durée sciemment limitée." (1932)60. De fait, la Seconde Guerre mondiale n'en laissa guère debout.

 

La fin des années 70 voit quelques tentatives privées pour promouvoir à nouveau la maison individuelle isolée et évolutive. Ainsi en Belgique, l'architecte J. Visse a-t-il élaboré une maison selon la méthodologie du SAR.

 

En 1976, M. Schulitz, met au point une méthode de conception TEST. C'est un système ouvert qui met en oeuvre un maximum de composants semi-finis regroupés dans un catalogue. Il se situe lui aussi en filiation par rapport au SAR, dont il reprend les principes de coordination modulaire. Aussi, la maison se doit de ne pas être complètement achevée, ou prévue totalement à l'avance, pour que les utilisateurs puissent utiliser pleinement le système.

Une maison expérimentale a été construite selon ce principe à Beverly Hills (Californie, USA).

 

L'Hautil

C'est également en 1976 qu'apparaît la problématique de la maison individuelle évolutive commanditée par les pouvoirs publics. En effet, l'établissement chargé de réaliser la ville nouvelle de Cergy-Pontoise met en concours 2500 logements qui seront implantés sur le plateau situé au-dessus de Jouy-le-Moutier: l'Hautil. Pour éviter l'aspect anonyme des grands ensembles, l'Établissement Public demande aux concurrents de proposer des projets d'habitations individuelles, groupées le long de rues piétonnières, et dotées de petits jardins enclos. L'objectif est de créer une ambiance villageoise grâce à des "maisons de ville". Dix-neuf équipes réunissant promoteurs et architectes sont sélectionnées afin de donner aux 2 500 logements une grande diversité d'aspect.

 

D'autre part, l'Établissement Public demande dans ses directives d'aménagement que les maisons puissent être ultérieurement agrandies d'une moitié de leur surface de départ, et ceci à l'initiative des habitants. Cette directive devrait permettre aux habitants d'ajouter une pièce ou deux à leur maison et d'en personnaliser l'aspect extérieur. Chaque groupement professionnel intéressé à l'aménagement de l'Hautil a interprété la notion d'extension en fonction d'un comportement supposé de l'habitant et, d'autre part, en fonction des impératifs économiques de la construction.

 

R. Biriotti, architecte chargé de la coordination des extensions sur ce quartier, dresse en 1980 un bilan dans lequel on trouve rassemblé l'essentiel sur la maison évolutive et dont nous donnons ici quelques extraits61. L'enquête a été menée auprès d'une douzaine d'équipes d'architectes. Deux équipes évoquent la diminution notable des possibilités d'extension entre le moment du concours de 1976 (où les projets présentés respectèrent les directives de l'EPA) et le moment de la réalisation. La majorité des architectes ne semble pas avoir su résister à la pression, certains disentà la toute-puissance, des promoteurs. Beaucoup d'espaces aménageables ont disparu lors des négociations entre promoteurs et entreprises.

 

Est-il préférable d'entrer dans une maison spacieuse, solide mais inachevée, ou d'entrer dans une maison coquettement fignolée, joliment crépie, mais petite et non-transformable? C'est à chaque habitant d'en décider. Le promoteur, c'est clair, n'a pas voulu prendre le risque d'expliquer les avantages à long terme de la première formule par rapport aux impressions agréables mais fugitives de la seconde. Il est probable que l'acheteur non averti, qui visite le pavillon-témoin, fera la grimace devant les espaces livrés bruts et ne comprendra pas toujours l'intérêt à terme d'un espace en attente.

 

Les promoteurs continuent de penser que "la maison non finie est invendable". On ne les croit volontiers que lorsqu'ils nous expliquent toutes les contraintes techniques, financières et juridiques qui s'opposent à une politique des extensions.

 

Deux autres équipes d'architectes montrent des voies possibles: l'une fait une étude très poussée des possibilités d'extension, l'autre refuse de les étudier dans la crainte d'influencer l'habitant dont on souhaite qu'il reste totalement libre... dans la limite d'un petit terrain.

 

La première équipe, l'Atelier Saint-Germain, a réussi à réaliser des espaces aménageables particulièrement importants pour chaque maison: des caves à demi-enterrées et des garages surhaussés dont le haut s'ouvre de plain-pied sur le jardin.

La deuxième équipe, l'AREA, se refuse de contrôler en quoi que ce soit les interventions ultérieures des habitants et se contente de livrer des espaces "où tout est possible", déclare l'architecte Sarfati.

 

D'autres architectes de leur côté posent aussi le problème de l'esthétique et de son contrôle. Papas et Seris, architectes des Vaux-Labours, ont la franchise de reconnaître que "ça nous choquerait de passer dans le quartier dans deux ans pour voir un sabotage par des lucarnes en chien assis ou des fermes à la Mansart."

 

Coupel et Seria prévoient des extensions intérieures mais pas à l'extérieur de façon à préserver l'épannelage des façades.

 

L'équipe GGK a pris soin de prédéterminer très précisément les extensions extérieures dans un catalogue où les matériaux et les techniques utilisées sont les mêmes que pour la maison. Une appréhension s'est plusieurs fois fait sentir concernant "les cabanons et les clôtures qui nous échappent".

 

Ce souci d'exercer un contrôle montre que des architectes ont fait un effort de conception suffisant pour craindre qu'il ne soit "saboté" par les interventions sauvages des habitants. Il s'agit au fond de savoir comment l'esthétique des architectes et celle des habitants peuvent s'exprimer sans se détruire l'une l'autre mais, au contraire, en s'enrichissant dans une cohabitation heureuse.

 

La pression économique se révèle être plus forte que les contraintes réglementaires, ce qui ne signifie pas pour autant qu'elles n'existent plus.

Par contre, les propos des architectes, eux, paraissent stables. Différents, contradictoires, ils coexistent au sein d'une même profession, et quelles que soient les époques, la maison évolutive semble toujours faire resurgir les mêmes catégories de pensée.

 

Le concours "maisons agrandissables pour jeunes ménages"

Le concours "maisons agrandissables pour jeunes ménages" marqua un tournant dans les politiques de l'administration concernant l'habitat évolutif 62.

Contrairement à l'époque précédente, en 1976 l'administration privilégie la maison individuelle, elle propose à des équipes de concepteurs d'amorcer leurs réflexions sur l'agrandissement à partir de la famille et de son évolution. L'objectif est de proposer de nouvelles formes d'habitat; le logement des jeunes restant l'objectif central au-delà de la recherche formelle.

 

Ce concours devait permettre de répondre au problème de l'exclusion des jeunes du marché de la maison individuelle.

 

Parmi les thèmes abordés par les 213 répondants, certains ont été significatifs, notamment:

* le confort des habitants: à la fois minimiser la gêne due aux travaux pendant les extensions, tout en prévoyant un minimum d'investissement;

* la qualité d'usage: garantie d'évolution des fonctions du logement parallèlement à l'évolution des modes de vie et de la famille;

* la part importante de l'autoconstruction;

* l'évolutivité induite par le foncier, l'économie de la construction ou le choix de l'image urbanistique.

 

Les projets architecturaux, relativement homogènes, présentent trois types, selon la dynamique de l'agrandissement:

 

1)l'agrandissement par l'intérieur d'un grand volume construit dès le départ (création de planchers intermédiaires, aménagement des combles, appropriation du rez-de-chaussée sur pilotis, etc.);

 

2)l'agrandissement du noyau initial de 46m2 par utilisation d'une structure en attente (fermeture et couverture d'une ossature-bois, béton ou métal, mise en place dès l'origine);

 

3a)l'agrandissement du noyau initial de 46m2 par la juxtaposition d'une trame latérale comportant un ou deux niveaux,

 

3b)l'extension de la superficie initiale par greffe de petits volumes complémentaires, ajoutés soit tout autour du noyau de base, soit de part et d'autre, soit sur une seule façade de cellule d'origine,

 

3c)enfin, l'agrandissement consistant à accoupler une deuxième petite maison au volume initial par l'intermédiaire d'une galerie ou d'un sas d'entrée faisant office de liaison.

L'évolutivité de la maison individuelle est apparue, à travers les réponses au concours, comme placée sous le signe d'un retour à de petites ambitions, à du "raisonnable", par rapport aux ambitions précédentes. Est-ce de la résignation au profit des futurs acquéreurs (bénéficiaires de PAP) et donc la prégnance du coût ou bien le thème lui-même qui bloquèrent les imaginations?

 

Pour de nombreux maîtres d'ouvrage ou constructeurs, la maison est un produit destiné à une cible particulière, et pour lequel il faut trouver une image. Cette dernière tâche est alors confiée aux architectes.

 

Toutefois, lorsque les maîtres d'ouvrage ont été à l'initiative des collaborations, ils ont largement contribué à définir le "produit", ses caractéristiques et son image.

 

Leur participation a aussi beaucoup porté sur la résolution des problèmes juridiques et financiers, ainsi que sur les aspects programmatiques. A partir de ce qu'ils pensaient être la demande à satisfaire, ils ont fixé objectifs et contraintes. Pour certains, ce fut le maintien de l'aspect régional, pour d'autres la taille des parcelles, etc., évidemment à l'intérieur d'une enveloppe financière précise.

La typologie en trois familles des modalités d'évolutivité, qui se dégage de l'examen des projets architecturaux, est la suivante:

 

* le grand volume;

* le noyau et l'agrandissement périphérique;

* la structure apparente.

 

Tel que l'ont exprimé certains lauréats, une maison ne prend sa forme, ou ne devient un habitat que lorsque des usages, des pratiques ont pu s'y dérouler par une sédimentation et une appropriation à l'intérieur de limites données. Cette problématique renvoie, d'ailleurs, à ce qu'ils conçoivent comme rôle de l'architecte: ordonner l'ordonnable, c'est-à-dire ce qui est du domaine public; la rue, le quartier, la ville, mais laisser les habitants libres de se construire leur univers. Pour cela, les architectes créent des supports, au sens propre, matérialisés par des poteaux et des poutres prêts à recevoir des planchers. Mais supports aussi symboliques, en offrant a priori des espaces peu habituels (mezzanine, alcôves, vides), susceptibles d'être les germes de nouvelles pratiques, à travers une interrogation sur les usages qu'il permettent, et donc d'une requalification de l'espace habitat.

 

Les concepteurs de tels projets s'adressent a une population de jeunes peu conventionnels, ou du moins qui tentent de s'affranchir des modèles classiques.

 

Acheter une maison agrandissable, qui peut apparaître a priori comme une maison finie, mais dont on sait qu'elle peut évoluer, qu'elle est prévue pour cela, oblige, en quelque sorte, à réussir. Comme le suggérait un des lauréats, "lorsqu'on achète une maison agrandissable, on achète le droit à être ambitieux, et on est condamné à réussir." La réussite sociale, qui permet d'acheter des pièces en plus dans la plupart des projets de cette typologie, va de pair avec la réussite conjugale, du moins la venue des enfants justifie-t-elle l'extension.

 

Ainsi, ils se proposaient, en quelque sorte, comme le guide des ambitions de la famille. Ils marquent et fixent les étapes de passage obligatoires et ne laissent pratiquement pas d'alternatives. A partir d'une maison finale, ils l'ont désarticulée en étapes à parcourir, telle un puzzle en mettant les bonnes pièces aux bons endroits.

 

Ce type de problématique correspond aussi chez les architectes à une certaine conception de leur métier. En effet, pour certains, c'était la seule manière architecturalement et esthétiquement satisfaisante de répondre au problème de l'agrandissement d'une maison. Pour eux, partir du noyau pour s'étendre ressemble trop à ce qui se pratique de manière spontanée dans l'habitat individuel.

 

D'autre part, ces solutions sont trop consommatrices de terrain, et ne sont pas appropriées au péri-urbain alors que c'est là que l'on trouve essentiellement les jeunes ménages.

 

La troisième catégorie, l'extension par la structure apparente, se situe en position médiane par rapport aux deux autres. C'est à la fois l'exhibition de ses ambitions, mais aussi de leurs limites. Si l'agrandissement à partir du noyau central est porteur d'ambition, par le fait qu'à chaque étape la maison apparaît comme achevée, le projet ambitieux est interne à la famille, car ce qu'elle manifeste, c'est sa réussite. Dans le cas des structures, c'est le projet lui-même qui est annoncé. Dépassant le cadre de l'intimité, le couple prend en quelque sorte le risque d'afficher qu'il s'engage à réussir. En suggérant le volume final et l'image future de la maison, leur objectif est spatialisé, lisible pour tous. En même temps, ils indiquent aussi leur position actuelle, et donc tout le chemin qu'il reste à parcourir pour parvenir au but final. Selon les projets, l'objectif paraît pratique et raisonnable, ou offrant des images architecturales tout à fait contemporaines.

 

Cette catégorie de projets s'adresse donc à des types différents d'installation, selon les modèles d'identification auxquels ils se réfèrent. Toutefois, ces projets semblent les plus directifs. Dans "le grand volume", les architectes proposent l'image extérieure et offrent des supports à l'intérieur en laissant les habitants s'organiser. Dans "le noyau central", les concepteurs offrent des combinaisons possibles; l'acheteur peut donc choisir entre différentes compositions et organisations spatiales. De même, selon son budget, il peut acquérir plus ou moins de "tranches" ou de phases. Dans cette troisième catégorie, les concepteurs ont prévu l'image et la maison finales. Souvent étudiée comme intégrée à un site ou à une rue, ils en ont ordonné les façades, et prévu les limites dans l'espace public.

 

Une enquête commandée par la Direction de la construction en 1985, auprès de couples mariés âgés de moins de 55 ans (à deux), a montré que le concept de maison agrandissable est ambivalent; sur le versant positifs les ménages interrogés citent la modernité de la maison agrandissable, son caractère mieux adapté aux loisirs, l'épanouissement personnel et familial. A ces aspects s'opposent, sur le versant négatif, une image de maison-à-terminer liée au manque d'argent et à l'impuissance à réaliser ses désirs.

 

Concernant les plans proposés, l'agrandissement par l'extérieur a la préférence des jeunes ciblés par l'enquête, tandis que l'agrandissement par l'intérieur rassure davantage les personnes plus traditionnelles qui constituent la clientèle potentielle de la maison individuelle.

Une deuxième étude, centrée sur la population HLM d'une tranche d'âge équivalente à celle de la première étude, confirme celle-ci et fait apparaître des informations complémentaires:

* la personnalisation que permet l'agrandissement est décevante car trop programmée par les concepteurs;

* l'agrandissement potentiel est lu comme trop lié à celui de la famille, et vécu comme du planning familial angoissant (confiscation de l'avenir par les concepteurs);

* crainte de vivre dans un chantier permanent, et de l'aspect bricolé de la maison.

 

Pays et maisons en voie de développement

Les avatars dans le tiers-monde des formules reprises telles quelles aux pays plus avancés peuvent parfois instruire ces derniers, au sujet de l'autoconstruction, par exemple. Ainsi, le Caracas des années 50 vit l'arrivée au pouvoir d'un général à vocation quelque peu pharaonique, le général Pérez Jiménez, qui déclara qu'il allait transformer cette ville, aussi médiocre que la plupart de celles de l'Amérique Latine, en "la plus belle ville du monde". Pour cela, il fallait avant tout liquider les favelas (qui, au Vénézuéla, s'appellent des ranchitos). Il fit dresser un plan d'urbanisme par des architectes autochtones, et ériger, à la place des ranchitos, une armada de blocs HLM, les superbloques (dont la polychromie violente avait d'ailleurs une trentaine d'années d'avance sur celle des réhabilitations actuelles de nos HLM).

 

Les architectes locaux avaient étudié ce qui se faisait de mieux, c'est-à-dire l'Unité de Marseille de Le Corbusier, et ils parvinrent à en dériver une version tropicale nettement plus économique.

Ces blocs étaient cependant très honnêtes, et les loyers sociaux adaptés aux ressources des miséreux à y loger (de l'ordre de 30 F/mois). On constata cependant très vite que ces nouveaux citadins, non-conformes aux CIAM, et contrairement à la première génération française d'ex-habitants de taudis relogés dans les grands ensembles, étaient restés nostalgiques de leurs ranchitos, car même exposés aux rats, à la vermine, à toutes les maladies, et à tous les dangers physiques et moraux, ils y avaient au moins le ciel au dessus de leur tête, et non pas le plancher du voisin d'en haut.

 

Cinq ans plus tard, la nuit qui suivit la chute du dictateur (chassé par un mai 68 auquel adhéra l'armée de l'Air), les gens firent la fête à Caracas. Mais pas dans les superbloques: là, on entendait des coups de marteau, des scies, etc. : c'était la reconstruction immédiate, au pied des barres de douze étages, des ranchitos d'autrefois! Les superbloques vides accueillirent alors les nouveaux pauvres accourus à la ville, auxquels les anciens pauvres, désormais pavillonnaires, les sous-louèrent (fort cher, dit-on).

 

Il est dommage que ces nouveaux ranchitos n'aient pas été étudiés, à l'époque: on aurait sans doute pu y mesurer le degré de violence de ce retour en arrière à l'absence plus ou moins totale de changement dans la conception des plans, car si le schéma de Drummond est valable à Caracas comme ailleurs, il ne vaut peut-être plus pour des bidonvilliens qui ont vécu cinq ans dans des logements issus, en définitive, du Bauhaus.

 

Autre solution ubuesque de cette époque au problème de l'habitat populaire, celle, à la flexibilité involontaire, d'une réalisation grandiose entreprise à Caracas dans les années 50 sous la même dictature, et appelée fort à propos "la roche tarpéienne". C'est un hélicoïde en béton qui grimpe aux flancs d'une colline d'environ 100m, et qui devait abriter des galeries de magasins de luxe. Jamais achevée, cette tour de Babel décrépite symbolisait avec bonheur le passé politique récent du pays jusqu'au jour où elle fut squattérisée par les gens des nouveaux bidonvilles, vers 1977.

 

Cette squattérisation fut légalisée après coup, et assistée par la distribution de matériaux de construction légère: quelque chose qui rappelait vaguement le plan d'Alger de 1935 commença alors à prendre forme, sous l'égide du tiers-monde.

 

Si l'habitat évolutif s'est éclipsé depuis quelques années dans l'hémisphère nord, il est ainsi par contre réapparu, par la force du vernaculaire retrouvé, dans le sud pauvre de la planète, où d'admirables "architectes aux pieds nus" tentent de rééditer dans les pays en voie de développement (expression que l'on espère encore de mise) l'exploit du changement social induit par le logement social, qui pour n'avoir souvent été qu'une illusion fouriériste n'en reste pas moins une espérance volontariste (René Dumont, les écolos héritiers des provos et de la soft revolution, et même un Yona Friedman63 seconde manière y croient; or, si seulement beaucoup de monde se mettait à y croire, ça pourrait effectivement marcher...).

 

Ainsi, on trouve dans les publications des projets évolutifs ("très très sociaux", se proclament certains), parfois construits et évalués, au Maroc, Egypte, Nouvelle Calédonie, Pérou, Algérie, Mexique, Pakistan, Ile Maurice, La Réunion, La Martinique, Insulinde, Israël, Tunisie, Colombie, La Guadeloupe, Côte d'Ivoire, Togo, Vénézuéla, Chine, Arabie Saoudite...

 

Le changement social, cependant, peut prendre quelques détours par le symbolique.

Au Mexique, une stratégie pour persuader les classes défavorisées de reprendre les techniques de leur habitat traditionnel, très économique et écologique, mais marquées du sceau infamant de la "pauvreté" originelle indienne, a consisté, localement, à d'abord persuader la bourgeoisie de l'endroit de la beauté du vernaculaire mexicain. Une fois quelques "riches" revenus à des constructions en adobe et pisé, les pauvres ont commencé à pouvoir psychologiquement prendre la même attitude.

 

le kit, le prêt à finir...

La majorité de ces projets, de même qu'en France pour les "maisons agrandissables", ont en commun d'avoir accordé une grande part à l'autoconstruction, notamment par l'utilisation des kits et de l'ossature bois. Cette dernière apparaît souvent comme la solution miracle qui permettrait de faire évoluer, d'agrandir une maison facilement et économiquement. Parce que le bois est léger et familier, nombre de propositions n'hésitent pas à suggérer la réalisation de gros travaux par les habitants (notamment le déplacement d'un pignon). On peut rester quelque peu sceptique devant un tel enthousiasme qui ne prendrait pas en compte les conditions nécessaires, telles que l'outillage (gros et petit) et l'acquisition d'un minimum de savoir-faire.

 

Par contre, introduire l'autoconstruction comme une des conditions par lesquelles les acquéreurs seraient susceptibles non seulement de posséder une maison individuelle, mais aussi de projeter un futur potentiel, paraît être une problématique fortement marquée par le contexte de crise (en Europe) ou de sous-développement (dans l'hémisphère sud). Elle inscrit l'optimisme quant à la possibilité de sortir de ce contexte. Réintroduire le temps de travail personnel et manuel laisse supposer l'ancrage dans le lieu et la création de sociabilité ou du moins de liens de voisinage, notamment parce que le bricolage incite à des échanges à la fois de matériel, mais aussi "de combines" et de savoir-faire.

 

Ce développement, sur le marché de la maison individuelle, de maisons prêtes à finir, peut être considéré comme le développement d'une forme particulière de l'évolutif. Il ne s'agit dans ce cas ni d'agrandissement, ni de transformations internes proches de la flexibilité, mais de maisons livrées partiellement construites, dont l'acquéreur prend en charge l'achèvement. Il ne participe pas à sa conception, mais à sa production, transférant en force de travail et en temps ce qu'il ne peut monnayer. Certains (dans le contexte français) ont pu voir dans le succès de ce type de propositions, la manifestation du goût et du plaisir des habitants à se construire eux-mêmes leur habitat.

 

Pourtant, il semblerait que ce soit plus la nécessité qui oblige une catégorie de population à participer physiquement à la production, pour parvenir à la propriété.

 

Par ailleurs, celle-ci s'appuyait sur une analyse du processus de production de la maison individuelle ainsi que sur de nouveaux modes d'organisation du travail, en séquences.

 

Chaque séquence est confiée à des équipes spécifiques. Le découpage décompose la construction en phases qui, quelquefois, sont transversales à plusieurs corps d'état. Ceci s'applique principalement au second oeuvre, où l'efficacité est recherchée à partir d'équipes polyvalentes, qui mettent en oeuvre des produits de plus en plus industrialisés. Certaines tâches, "consommatrices de main-d'oeuvre (pose de papiers peints, pose de moquettes, etc.), sont apparues peu rentables, faisant quelquefois la différence dans les tranches de crédit, et surtout aisément réalisables par les acquéreurs. De proche en proche, les constructeurs de maisons prêtes à finir proposent des prestations pratiquement à la demande et selon les possibilités des futurs acquéreurs. Le constructeur conserve pratiquement dans tous les cas la maîtrise du gros oeuvre. Puis, il fournit l'ensemble des matériaux et fournitures nécessaires pour achever la maison. On pourrait dire qu'il devient à la fois fournisseur de matériaux, de semi-composants, mais aussi fournisseur en main-d'oeuvre. Il fait des offres parmi lesquelles l'acquéreur choisit. Dans la plupart des cas, lorsque le constructeur fournit les matériaux, il les accompagne de guides de pose. Ce phénomène ne repose pas tant sur des produits nouveaux que sur une conception différente de la maison, mais aussi de sa fabrication.

 

La maison n'est pas ici un objet livré fini, mais un assemblage de différents composants que l'on peut hiérarchiser et rendre autonomes. On peut presque considérer que l'élaboration d'une maison prête à finir est le résultat d'un gros travail de préparation et d'anticipation, de manière à faire correspondre des temps, celui du constructeur et celui de l'acquéreur, à de l'argent (en décidant de participer à la construction de sa maison, l'habitant utilise directement sa force de travail, sans aire).

 

L'informatique est un outil qui se révèle précieux pour ce genre de pratique. On peut ainsi en effet, visualiser par avance ce que l'on va construire. En choisissant les composants, les matériaux dans une banque de données, on anticipe sur la réalisation, le projet est déjà image.

 

Toutefois, le développement de ces pratiques révèle en France quelques problèmes, administratifs notamment, en ce qui concerne les responsabilités de l'autoconstructeur total ou partiel.

 

Écoutons encore Rapoport:

"Le thème du choix est applicable à d'autres aspects des pays en voie de développement et peut clarifier tout le problème des relations de la forme bâtie aux cultures données, ce qui éclaire à son tour la valeur de l'étude comparée des civilisations appliquée à la maison et à l'environnement bâti en général. Il est dangereux d'appliquer aux problèmes d'autres pays les concepts occidentaux, qui représentent seulement un choix parmi les nombreux choix possibles, au lieu de les considérer en fonction du mode de vie local, des besoins spécifiques et de la manière de faire les choses. Un exemple mineur, que l'on rencontre à Rangoun et à Bangkok, est le problème des petits logements pour les esprits tutélaires de chaque maison dans les grands immeubles où habitent plusieurs familles. D'aucuns diraient que ce besoin est déraisonnable mais nous avons déjà vu que l'oubli des modèles culturels traditionnels peut avoir des conséquences assez graves.

 

Charles Abrams fut un des premiers à se faire une idée nette de cet aspect et à l'utiliser pour l'environnement bâti et pour la maison. Dans son oeuvre il a souvent souligné comment les experts et les officiels déploraient les solutions traditionnelles en dépit de leurs avantages sociaux et climatiques évidents. Il donne comme exemple l'adoption, au Ghana, du slogan anglais d'une famille-une maison, et souligne que la famille au Ghana est quelque chose de tout à fait différent et que ses relations avec la maison ne sont pas les mêmes (Au Ghana les femmes vivent traditionnellement à part des hommes et partagent une cuisine commune. Une femme à qui on demandait si elle aimerait vivre dans une maison avec son mari, répondit qu'il avait cinq autres femmes, qu'il ne lui donnait que 1 livre par semaine, et qu'elle était très contente de ne passer que la moitié de son temps avec lui. Abrams demande pourquoi il faudrait lui imposer des usages étrangers).

 

Ceci montre combien il est important de prendre en considération les particularités de la situation. Pour être parfait tout logement doit réaliser quatre objectifs:

 

1 Il doit avoir une valeur sociale et culturelle (de ce point de vue le logement traditionnel est sans doute ce qu'il y a de mieux).

2 Il doit être suffisamment bon marché pour que le plus grand nombre puisse se le procurer (dans les contextes primitif et vernaculaire la plupart des gens, sinon tous, ont une maison).

3 Il devrait maintenir ses occupants en bonne santé (par rapport au climat le logement traditionnel est une réussite, par rapport à la salubrité et aux parasites c'est en général un échec).

4 Il devrait y avoir un minimum d'entretien durant la vie du bâtiment (ici l'évidence est douteuse).

 

Si nous reconnaissons que les fonctions utilitaires de la maison ne sont pas primordiales et si nous comprenons en même temps que même ces fonctions peuvent être mieux satisfaites par l'habitation traditionnelle que par la nouvelle habitation dans de nombreuses régions, notre attitude envers le logement traditionnel changera.

 

Le logement traditionnel peut donc être bien plus acceptable - sinon désirable - qu'on ne l'a cru, et les attitudes envers le logement dans les pays en voie de développement pourraient être adaptées en conséquence. De toute façon voilà pour le moins un domaine de recherche très riche."64

 

Certains exemples de valeurs non utilitaires, que nous avons rencontrées dans les économies de pénurie, existent encore dans les "barriadas" du Pérou et, certainement, dans d'autres régions semblables. On a relaté que lorsque les murs d'une maison dans la barriada sont achevés, on pose un toit de joncs sur les chambres, les fenêtres sont maçonnées et le sol est cimenté. Après que les murs ont été payés avec le premier argent gagné on achète une grande porte en cèdre travaillé (coûtant environ 45 dollars). Avec l'installation de cette porte et des fenêtres à cadre de bois, les gens se sentent devenus propriétaires. Dans l'exemple cité le toit en béton ne fut commencé que deux années plus tard, après un hiver humide au cours duquel les enfants tombèrent malade.

 

 

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